DRIEU LA ROCHELLE (Pierre). Lettre autographe à une femme. S - Lot 96

Lot n° 96
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DRIEU LA ROCHELLE (Pierre). Lettre autographe à une femme. S - Lot 96
DRIEU LA ROCHELLE (Pierre). Lettre autographe à une femme. S.l., [1936]. 2 pp. in-folio. « POURQUOI NE SUIS-JE PAS UN PUR ARTISTE ? IL Y A CETTE PASSION POLITIQUE... » Belle lettre d'amour, évoquant aussi son roman Beloukia (1936), et son déchirement entre littérature et politique en cette année où il adhérait au P.P.F. « ... La conception de Beloukia s'éclaircit au fur et à mesure. Je dis à Maxence [Jean-Pierre Maxence, critique au journal Gringoire] : "Beloukia est victorieuse. Victorieuse de Mansour, victorieuse d'Hassib. Mais sa victoire est atroce ; comme elle en souffre pourtant, sa souffrance immense fait de son égoïsme une sorte d'héroïsme... Et, de son côté, Hassib fait bien ce qu'il veut, il a préféré être vaincu par l'amour que vainqueur par l'ambition. Ce n'est pas un jouet de harem..." Beloukia évidemment n'aimait pas assez, puisqu'elle n'avait pas deviné le désir de gloire qui sommeillait dans le cœur d'Hassib. Elle découvre cela tard, trop tard. Mais Hassib le lui avait si soigneusement caché, pour qu'elle ne fût pas tentée d'accomplir son devoir vis-à-vis de lui, en le chassant vers l'héroïsme où, rejoignant Mansour, il la laisserait seule, seule. Elle croyait aussi que la gloire secrète du poète lui suffisait. Pourquoi ne suis-je pas un pur artiste ? Il y a cette passion politique. Je regrette de n'être pas un plus pur, un plus grand artiste. Ou alors tout à fait politique. Depuis 20 ans, je ne suis pas habitué à moi-même, à ce double jeu. Et il y a la 3e tentation, celle du théâtre. Réfléchis à tout ça : donne-moi ton avis. Quelle a été ta première impression de moi, brute, instinctive ? C'est intéressant. Aime-moi, laisse-moi un peu m'appuyer sur toi. Nourrissons-nous l'un de l'autre. Donne moi ton sang, je te donne le mien. À travers l'abominable, la vie, l'inhumaine absence, tâchons de tisser une toile réelle, une longue banderolle d'un balcon à l'autre à travers la nuit, à travers la mer, le long de la Seine. Mon aimée, ton amour me déchire et m'élargit le cœur. »
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