BONAPARTE (Napoléon)

Lot 17
60 000 - 80 000 €
Résultat : 95 000 €

BONAPARTE (Napoléon)

2 Pièces concernant son arrestation, dont une avec APOSTILLE AUTOGRAPHE SIGNÉE. Nice, 9 et 20 août 1794. Les deux montées en regard l'une de l'autre, dans un portefeuille moderne à dos de maroquin noir fileté avec titre doré en long, doublure de chamois rouge, étui bordé. PRÉCIEUSE RÉUNION DES ORDRES DU GÉNÉRAL EN CHEF DE L'ARMÉE D'ITALIE POUR FAIRE ARRÊTER PUIS LIBÉRER BONAPARTE ACCUSÉ PAR SALICETI DE ROBESPIERRISME ET DE TRAHISON. L'ordre d'arrestation - DUMERBION (Pierre). Pièce signée en qualité de général en chef de l'armée d'Italie, adressée au commandant de gendarmerie Vervein. Nice, 22 thermidor an II [9 août 1794]. 1 p. in-folio, papier avec en-tête imprimé et date de 1793, cachet de cire de général d'armée, estampille de général de l'armée d'Italie. «Au nom de la République française une et indivisible, IL EST ORDONNE AU COMMANDANT DE LA GENDARMERIE DE SE TRANSPORTER sans delai avec un detachement de ce corps, compose d'un officier et dix hommes, AU LOGEMENT DU GENERAL DE BRIGADE BUONAPARTE, OU IL LE METRA EN ETAT D'ARRESTATION, metra le scelle sur ses papiers et se conformera avec la plus scrupuleuse exactitude a ce qui est ordonne par les representants du peuple pres cette armee et celle des Alpes, relativement a luy dans leur arret du 19 thermidor courant et dont copie collationnee luy a ete remise. Aussitot son arrestation il en rendra compte aux susdits representants et au general en chef...» L'ordre de libération - BONAPARTE (Napoléon). Apostille autographe signée «Buonaparte» (2 lignes) sur une pièce autographe signée par le général Pierre DUMERBION adressée au commandant de gendarmerie Vervein (Nice, 3 fructidor an II-20 août 1794, 2/3 p. in-4). De la main du général Dumerbion: «... Je t'envoye cy-joint, citoyen, copie par ampliation d'un arrete des representans du peuple de ce jour, relatif au general Buonaparte. Tu voudras bien le mettre a execution en le luy signifiant sur le champ. Salut & fraternite...» DE LA MAIN DE BONAPARTE: «recu du comendant de la gendarmerie un arrete des representan du peuple me concernant...» Bonaparte, jeune héros du siège de Toulon et stratège visionnaire alors incompris C'EST SOUS LA TERREUR QUE NAPOLÉON BONAPARTE ENTAMA SON ASCENSION ET MANQUA SE PERDRE. Rallié à la Révolution française pour des raisons idéologiques et matérielles, Napoléon Bonaparte avait rompu avec Pasquale Paoli et avait du se résoudre à voir sa famille fuir la Corse. Quand avait éclaté la révolte fédéraliste dans le Midi, il avait été appelé à servir au siège de Toulon par les conventionnels en mission Saliceti, Albitte et Ricord, et y avait acquis le grade de général par sa brillante participation aux opérations militaires. Il avait alors reçu le commandement de l'artillerie de l'armée d'Italie (mars 1794), dirigée par le général Dumerbion, et avait proposé un plan pour une offensive en Italie qu'il identifiait comme le point faible du dispositif ennemi - analyse qui serait confirmée par sa campagne victorieuse de 1796. La prise d'Oneglia en avril 1794 avait confirmé ses vues mais Carnot, en charge des questions militaires au Comité de Salut public, s'y opposa, préconisant plutôt la guerre à outrance contre l'Espagne. La volte-face de Saliceti après Thermidor SALICETI SE RETOURNE CONTRE BONAPARTE. Homme politique majeur de l'histoire corse, chef du parti français dans l'île, le conventionnel Antoine-Christophe Saliceti favorisa d'abord la carrière de son compatriote Bonaparte, l'appelant au siège de Toulon et le nommant général après la victoire, mais, bientôt gêné par l'ascension de son protégé et craignant d'être inquiété après la chute de Robespierre (9 thermidor an II-27 juillet 1794), il voulu donner des gages: il abandonna ses anciens associés et collègues (Ricord, Haller, Tilly, Buonarroti...) et dénonça Bonaparte dans une lettre adressée au Comité de salut public (19 thermidor-6 août) où il mettait en cause les opinions politiques et la conduite militaire de celui-ci. L'homme de Robespierre BONAPARTE ACCUSÉ DE ROBESPIERRISME. Nourri de ses lectures de Rousseau, Raynal ou Mably, Napoléon Bonaparte nourrissait au début de la Révolution des idées avancées, contestant le principe monarchique et dénonçant l'injustice sociale: son ouvrage Le Souper de Beaucaire, imprimé à Avignon en 1793 avec le soutien de Saliceti, montre son adhésion très claire aux thèses montagnardes. Il obtint le soutien de Robespierre pour présenter en 1794 son plan de campagne italien au Comité de Salut public et se lia d'amitié avec le frère cadet de celui-ci, qui le fit nommer à la tête de l'artillerie de l'armée d'Italie. Bonaparte dirait plus tard avoir été persuadé que Robespierre désavouait les excès de la Révolution et qu'il aurait rétabli l'ordre s'il était resté au pouvoir. Dans sa lettre du 19 thermidor, Saliceti présente Bonaparte comme l'affidé de Robespierre et du conventionnel Ricord: «Bonaparte était leur homme, leur faiseur de plan auquel il nous fallait obéir». Une conduite suspecte avec l'ennemi BONAPARTE ACCUSÉ DE S'ÊTRE LAISSÉ CORROMPRE PAR LES AUTRICHIENS. Saliceti, en effet, donnait aussi une interprétation calomniatrice à une mission que Bonaparte venait d'effectuer en juillet. Celui-ci s'était rendu à Gênes à la demande de Robespierre jeune et de Ricord pour répondre à une manoeuvre d'intimidation des Autrichiens, mais Saliceti laissait entendre dans sa lettre du 6 août que le général y aurait été acheté par l'ennemi. Le même jour, 6 août, Saliceti et son collègue Albitte prenaient un arrêté pour suspendre Bonaparte de ses fonctions et le mettre en état d'arrestation, «considérant [qu'il avait] totalement perdu leur confiance par la conduite la plus suspecte». Le général Dumerbion, supérieur hiérarchique de Bonaparte, se conforma ainsi à cet arrêté de Saliceti et donna le présent ordre d'arrestation. Par chance, le prisonnier ne fut pas envoyé à Paris, où il aurait certainement subi un sort tragique - il est cependant difficile d'établir clairement s'il fut conduit au Fort-Carré d'Antibes ou s'il demeura simplement aux arrêts de rigueur chez le notable de Nice qui le logeait alors. «Un général qui n'a point été inutile à la République» INDISPENSABLE FACE À LA CONTRE-OFFENSIVE SARDE, BONAPARTE EST LIBÉRÉ. D'après les Memoires de Bourrienne, il aurait envoyé une vigoureuse lettre de protestation le 25 thermidor (12 août): «Vous m'avez suspendu de mes fonctions, arrêté et déclaré suspect. Me voilà flétri sans avoir été jugé, ou bien jugé sans avoir été entendu. Dans un État révolutionnaire, il y a deux classes: les suspects et les patriotes [...]. Déclarer un patriote suspect, c'est un jugement qui lui arrache ce qu'il a de plus précieux, la confiance et l'estime. Dans quelle classe veut-on me placer ? Depuis l'origine de la Révolution, n'ai-je pas été toujours attaché aux principes ? Ne m'a-t-on pas toujours vu dans la lutte, soit contre les ennemis internes, soit, comme militaire, contre les étrangers ? [...]. Dois-je être confondu avec les ennemis de la patrie, et des patriotes doivent-ils inconsidérément perdre un général qui n'a point été inutile à la République ? Des représentants doivent-ils mettre le Gouvernement dans la nécessité d'être injuste et impolitique ? Entendez-moi, détruisez l'oppression qui m'environne, et restituez-moi l'estime des patriotes. Une heure après, si les méchants veulent ma vie, je l'estime si peu, je l'ai si souvent méprisée ! Oui, la seule idée qu'elle peut être encore utile à la patrie me fait soutenir le fardeau avec courage». La menace militaire ennemie précipita les choses: Saliceti et Albitte prirent un arrêté de remise provisoire en liberté, après examen des papiers et des ordres reçus pour sa mission à Gênes, et en considération de «l'utilité dont peuvent être à la République les connaissances militaires et locales dudit Bonaparte». «Malgré son génie, le sort lui à été funeste. Il a tout manqué» (Jean Tulard) CETTE ARRESTATION MARQUA POUR LE FUTUR EMPEREUR LA CRISE LA PLUS GRAVE DE SA JEUNE CARRIÈRE, LE POINT LE PLUS PROCHE DE L'ÉCHEC DÉFINITIF. Après sa libération, Bonaparte vit une partie de ses visées stratégiques adoptées par Pierre Dumerbion qui remporta ainsi un succès offensif en prenant la ville de Cairo (21 septembre 1794), mais l'opposition maintenue de Carnot coupa court à cette initiative. Bonaparte se vit alors confier une expédition contre les Anglais en Corse qui n'aboutit jamais, puis un commandement dans l'Ouest qu'il refusa. Il dut attendre de longs mois pour obtenir une mission à sa hauteur: la conduite de l'armée d'Italie en 1796. JOINT, le certificat d'exportation concernant ce document
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