VERLAINE (Paul). Lettre autographe signée à Henri de Régnier - Lot 118

Lot n° 118
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VERLAINE (Paul). Lettre autographe signée à Henri de Régnier - Lot 118
VERLAINE (Paul). Lettre autographe signée à Henri de Régnier. Paris, août 1887. 2 pp. in-8 ; traces d'onglet et fente restaurée au verso blanc du second feuillet. « TOUT EST BEL ET BON QUI EST BEL ET BON... CLASSIQUES, ROMANTIQUES, DECADENTS, "SYMBOLOS", ASSONANTS POURVU QU'ILS ME FOUTENT LE FRISSON OU SIMPLEMENT ME CHARMENT... » « Mon cher de Régnier, vous connaissez la nature des préoccupations peu littéraires qui m'empêchent trop souvent d'être aussi ponctuel que je désirerais de l'être, et me ferez crédit des quelques mois – c'est honteux ! – que j'aurai mis à répondre au don de vos Sites [recueil d'Henri de Régnier qui venait de paraître chez Léon Vanier en 1887]. Ce dernier volume vôtre marque une évolution bien sensible dans votre manière. La belle sérénité juvénile a disparu ; en se virilisant de plus en plus, votre talent prend des accents profonds et amers qu'une forme irréprochable sait magistralement retenir dans le ton. Bravo de nouveau et de nouveau. Il y a tels de vos sonnets que je préfère aux autres. Peu, car l'ensemble est très bien, exquis et fort et d'un "symbolisme" héroïque des plus nobles et des plus plaisants. Laissez-moi toutefois admirer surtout les nos VI, VII, (VII surtout), XI qui vénèrent plus particulièrement la belle, la bonne, la sainte Nature, et – puisqu'il le faut ! – ce n° III. J'ai véritablement longtemps réfléchi à la demande de [Francis Vielé-]Griffin d'un "exposé de principes" concernant l'art des vers, etc. Je n'ai pu tirer de ma conscience que cette conclusion : "tout est bel et bon qui est bel et bon, d'où qu'il vienne et par quelque procédé qu'il soit obtenu. Classiques, romantiques, décadents, "symbolos", assonants ou, comment dirai-je, obscurs exprès ? pourvu qu'ils me foutent le frisson ou simplement me charment, même et peut-être surtout sans que, comme le dindon de Florian, je sache bien pour quelle cause, font tous mon compte [dans sa fable « Le singe qui montre la lanterne magique », l'animal évoque les merveilles qu'il croit montrer alors qu'il n'a pas éclairé sa lanterne, et tous les animaux de l'assistances déclarent ne rien voir, sauf le dindon qui affirme « je vois bien quelque-chose ; / Mais je ne sais pour quelle cause / Je ne distingue pas très bien »]. Allez, poètes que nous sommes, aimons-nous les uns les autres, cette maxime n'est pas plus bête en art qu'en morale et je crois qu'il faut s'y tenir. Telle ma théorie mûrement délibérée". À vous et à Griffin bien cordialement. Venez donc me voir un de ces jours. Je suis un peu nulle part maintenant mais j'espère bientôt me fixer en quelque vraisemblance et quelque norme. Mais Vanier [son éditeur parisien Léon Vanier] saurait toujours où on me trouve et trouvera... »
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