PRÉVERT (Jacques). Lettre autographe signée « Jacques » à Al - Lot 109

Lot n° 109
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PRÉVERT (Jacques). Lettre autographe signée « Jacques » à Al - Lot 109
PRÉVERT (Jacques). Lettre autographe signée « Jacques » à Alexandre Trauner et l'épouse de celui-ci, Sári. S.l.n.d. 4 pp. in-folio ; petite collette à motifs floraux polychrome collée en marge de la première page. « J'ATTENDS QUE LES JOURS PASSENT ET QU'IL EN ARRIVE DE MEILLEURS... C'ETAIT QUELQUEFOIS SI JOLI AVANT... » Prévert en Provence au début de la guerre « Mes chers Trau et Sari... ...cette lettre commence comme tant d'autres lettres ni envoyées ni écrites par ces mots très simples deux points à la ligne : je ne peux écrire de lettres que très difficilement m[ais] je pense à vous et à d'autres... J'y pense beaucoup... et souvent... Ça m'emmerde personnellement que vous vous soyiez emmerdés et de ne pouvoir rien y faire. Je dirais même que ça me fait chier... voilà... À part cela, j'ai des fois des télégrammes de Pierre [l'acteur et cinéaste Pierre Prévert, frère de Jacques]... Ils sont au Maroc, et ils profitent des événements pour faire sûrement un beau voyage... à cause de cela je suis content. ... pour le fameux télégramme de Langlois, je crois qu'il est pavé de bonnes intentions... mais comme ce sont de bonne intentions absolument incompréhensibles, je n'y peux rien... Je n'ai jamais songé à remonter travailler à Paris [Yvonne Dornès, dite Claude Bacheville, collaboratrice d'Henri Langlois à la Cinémathèque française, avait envoyé le 8 janvier 1941 à Alexandre Trauner le télégramme suivant : « Langlois vous prie faire nécessaire pour empêcher retour Jacques »]... bien que j'aimerais bien voir Janine [son épouse] et ma mère, et que c'est triste la vie qu'ils ont sûrement là-bas. Moi je suis malade, et je travaille et je me demande si je me reposerai un jour... Je veux dire ne rien faire d'autre qu'un travail simple avec des amis qu'on aime... faire qu'heureusement malgré tout ça existe... ... Les événements se suivent, se poursuivent, et sont comme ils sont... Je persiste à penser que le printemps et l'été qui viendra peut-être derrière arrangeront les choses... elles en ont fort besoin... Je me demande comment vous bouffez... Comment vous ne crevez pas de froid... Évidemment je ne me lève pas pour y penser la nuit... mais souvent je ne dors pas et j'y pense, et cela m'ennuie... Le scénario est solide, et s'il y avait mille scènes ça arrangerait un peu les entournures de Tino Rossi qui ne chante "paraît-il" pas très bien mais qui joue encore beaucoup plus remarquablement mal... Le film est un peu retardé... il est toujours question, cher Monsieur Trau, de vous, et même en douce d'une supervision technique de Schuftan [Eugen Schüfftan, chef de la photographie et technicien de cinéma, qui avait été responsable des effets spéciaux de Metropolis et avait fuit l'Allemagne nazie]... avec Page comme premier [le chef de la photographie Louis Page] et ainsi de suite... m[ais] ce sont des rêves d'enfant... [Il s'agit là du film Le Soleil a toujours raison, de Pierre Billon sur scénario de Jacques Prévert et Pierre Billon, décors d'Alexandre Trauner, et photographie de Louis Page, avec Tino Rossi dans le rôle principal, qui fut tourné en 1941 et sortit en janvier 1943.] Excuse-moi, Sari, de parler de cinéma... m[ais] on ne peut p[as] toujours parler de fromage de chèvre et de café crème avec sucre etc. etc. etc., de de ce qui met aujourd'hui l'eau à la bouche des moins gourmands... ... et quoiqu'il arrive, jamais je ne mangerai d'éléphant... Ici il fait beau aujourd'hui mais dep[uis] trois jours il pleuvait... Nous vivons comme des princes de Galles et on m'apporte encore... le petit déjeuner au lit... ... J'ai toujours eu de la chance et maintenant en plus j'ai même de l'insomnie. Les choses sont comme vous le voyez justement réparties... On pense à vous... je le répète, on parle de vous... c'est un fait... quand on se reverra ce sera une fête, le fait est là... ! Reçu des nouvelles de Kozma [le compositeur Jószef Kozma, qui se ferait naturaliser sous le nom de Joseph Kosma] qui ne joue pas de piano parce qu'à Palavas-les-Flots il y a paraît-il 13 au-dessous de zéro dans sa chambre... et puis aussi peut-être qu'il n'y a pas de piano... Il y a une chanson qui dit... "mon âne... mon âne a bien mal à la tête" et cet âne c'est moi... Il y en a une aujourd'hui qui dit "mon éléphant et sa Jeanne ont bien froid un peu partout" et ces deux-là c'est vous. Voilà... Je vais me coucher... Il y a Loup qui est ce soir triste et fatiguée... Il y a aussi Savitri qui joue de la guitare pour me consoler [Lou Bonin, acteur et assistant-réalisateur, et le photographe Émile Savitry]... et p[uis] Nico [probablement l'acteur Nicolas Bataille] qui s'est cassé le bras et qui l'a dans le plâtre... et puis en face à l'hôtel de la Colombe d'or un perroquet de toutes les couleurs et déplumé... [Jean] Gabin va partir en Amérique et voulait m'emmener... mais m[oi] je reste ici... J'attends que les jours pa
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