1948 Talbot Lago T26 Coach Surprofilé

Lot 127
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70 000 - 80 000 €

1948 Talbot Lago T26 Coach Surprofilé

Numéro de série 100373
Historique limpide
Même propriétaire depuis 1987
Matching numbers
Carte grise française
Tout comme la Renault 4 CV, la nouvelle Talbot 4,5 litres a été étudiée et conçue sous l'occupation allemande. Antony Lago et son équipe étudient un nouveau moteur à haut rendement. Original il comporte deux arbres à cames avec soupapes commandées par des culbuteurs. La cylindrée de 4,5 litres fut choisie pour correspondre à la cylindrée maximale autorisée pour la course. En 1940, il était prévu une nouvelle formule en 4,5 litres atmosphérique ou 1,5 litres avec compresseur. Le nouveau moteur devait pouvoir apporter d'excellentes performances à la nouvelle Talbot et en même temps devait pouvoir être adapté facilement à une voiture de course. Ce moteur était opérationnel en fabrication dès la fin de la guerre. Noble et robuste, il possède six cylindres et un vilebrequin sur sept paliers. Les chambres de combustion sont hémisphériques avec les bougies au milieu et les soupapes inclinées à 45°. Le châssis surbaissé est classiquement constitué par deux longerons et des traverses. Robuste et extrêmement rigide, il a l'inconvénient de ses qualités, il est un peu lourd. Les matières premières étaient contingentées. Mais Anthony Lago obtient de quoi construire les 125 premières voitures dès le début de 1946. En fait l'objectif était de vendre la nouvelle 4,5 litres Lago Record à l'exportation pour faire rentrer des devises en exportant le luxe français. En juin, le modèle est présenté à la presse. Contrairement à ses concurrents, quand Talbot dévoile la T 26 au Salon de l'Automobile de Paris en 1946, c'est un vrai nouveau modèle que le public découvre. Le châssis et la mécanique évoluèrent excessivement peu entre 1946 et 1955. Cela montre la qualité de la voiture qui dès son premier exemplaire ne possédait pas de tares. Le catalogue de la T 26 proposait le châssis nu ou la voiture complète. La gamme « usine » comprenait le cabriolet, le Coach, la berline et le Coach « Surprofilé ». Puissante et rapide, les Talbot de route peuvent être considérées comme les GT françaises de l'époque. Avec 170 CV et au moins 170 km/h en vitesse de pointe, les T26 n'avaient d'ailleurs pas d'équivalent dans la production nationale voire mondiale. Lors d'un essai avec une T 26 en 1951, André Costa, le journaliste essayeur de l'Auto Journal, rapportait des performances de tout premier plan comme Auxerre Joigny à 134 km/h de moyenne (pour mémoire il n'y avait pas d'autoroute l'époque). Il parlait aussi de la T26 comme « d'une machine étudiée avant tout pour la vitesse ». Lors de l'essai « sur route glissante, bombée et sous une pluie battante agrémentée de rafales de vent, la voiture ne manifeste aucune tendance à se dérober à 160 km/h. Cette allure fut soutenue pendant plus de ¾ d'heure entre Meaux et Sainte Ménéhould ….entre Auxerre et la forêt de Fontainebleau nous accomplissons plusieurs rushs prolongés à plus de 170 km/h. Cette fois la route était sèche et plate.» Qui oserait aujourd'hui ? Monsieur Costa dans sa conclusion : « D'un point de vue général, la Talbot Lago Record doit être considérée comme une réussite. » Côté exploit, Edmond Mouche et un Coach T26 parcoururent la distance Paris-Nice et retour en 21 h et 35 mn (sans autoroute). Côté compétition, Louis Rosier remporte notamment le Grand Prix de Belgique 1949 et les 24 Heures du Mans 1950 avec une T26 version course. Avec une T 26 de série, il termine à la 8e place du difficile Rallye de Monte Carlo 1952. Malgré cela la production fut très limitée, la faute à son prix de vente prohibitif : il fallait débourser 1,870,000 francs en 1950 pour une conduite intérieure T 26 Record quand une Citroën Traction coûtait 424 000 francs et une Renault 4 CV 288 000 francs. Même une Delahaye 135 M cabriolet Chapron représentait une valeur inférieure avec 1 839 000 francs.
Cette Talbot Lago T26 Coach Surprofilé fut livrée à Monsieur Lemarié le 24 novembre 1948, à Paris. Elle fut commandée avec un toit ouvrant, une peinture gris métallisé T83, des roues Rudge T83, des tambours bleu T26, un habitacle garni de cuir bleu et, en petite particularité, des phares et antibrouillards Marchal. En effet, monsieur Lemarié était alors le directeur de la société Marchal, est donc stipulé sur la fiche de construction de la voiture « Phares et antibrouillard Marchal fournis par le client ». Il s’agit du châssis n°3351, de la carrosserie n°2506, de la voiture n°100373, équipée du moteur n°26350 à pistons Borgo 5 segments. Tous ces éléments sont d’origine comme en atteste la fiche de construction de la voiture. En 1979, entre les mains de Monsieur Lemarié depuis 27 ans, elle fut acquise par Monsieur Dortomb, elle affichait près de 51 000 kilomètres au compteur et était immatriculée 8133 DR 75, une immatriculation datée de 1955. Diverses factures de réparation dans les établissements Clémençon & Bourier à Paris, Auriac Père et fils à Clichy et Reymond à Neuilly sur Seine furent réalisées pendant la possession de monsieur Dortomb, entre 1979 et 1987 et composent encore le dossier de la voiture. Lorsque l’actuel propriétaire de la voiture l’acquière en 1988, elle était peinte dans un biton beige et bordeaux, les roues étaient noires et les tambours gris. Une restauration partielle fut donc entreprise et la voiture retrouva des jantes grises et des tambours bleus. Une peinture gris uni fut réalisée sur la Talbot tandis que l’habitacle était conservé d’origine avec quelques retouches partielles. Très bien entretenue et conservée depuis lors, la voiture est dans un très bel état de conservation. Son propriétaire s’en servait régulièrement au sein de nombreux rallyes à travers la France. Elle fonctionne aujourd’hui parfaitement bien, son contrôle technique fut même réalisé pour la vente, sans encombre.
Nous reprendrons les mots de son actuel propriétaire qui saura pour le mieux décrire l’histoire de cette voiture, car l’histoire des automobiles s’écrit de la plume d’hommes comme lui : « Atteint par la limite d'âge, je dû abandonner les courses automobiles organisées sur la piste que j'imaginais être le pourtour du tapis du salon ; j'étais devenu adulte. L'automobile continuant de me faire rêver j'affrontais la bousculade des Salons de l'Auto organisés au Grand Palais à la découverte des DS 19, Type E... Aujourd'hui encore je m'en étonne, mais alors que je trouvais mon costume de vieux garçon bien ajusté, j'endossais celui d'époux et les responsabilités qui normalement vont avec. Patricia et Beau Papa, personnes peu raisonnables et complices me poussèrent à la faute. De façon pas très originale, en souvenir du séjour effectué outre Chanel au cours duquel je fis de réels progrès, mais pas vraiment linguistiques, je sautais l'obstacle avec une anglaise, nommée Jaguar MK2. La liaison anglaise s'interrompit plusieurs décennies plus tard non sans nostalgie. Grâce à mon Aston Martin DB 5 nous avions noué des amitiés durables et connu de grandes joies. Mais venons-en à Talbot. Peut-être est-ce en assistant aux départs du Paris-Deauville, que mon intérêt se porta sur les Classiques Françaises. Ailant en curieux à Honfleur où ce rallye marquait une pose à l'occasion d'une vente aux enchères, je découvrais un coach Record. Je revis l'auto aux coupes de l'Âge d'or à Montlhéry et pu l'examiner de nouveau. L'auto, si je ne commets pas d'erreur, appartenait à un certain Monsieur Lehmann, connu des amateurs de voitures anciennes. N'ayant jamais roulé dans ce genre d'auto, c'est avant tout l'esthétique du coach qui m'a séduit : l'impression de puissance qui s'en dégage, la rondeur de ses hanches, sa chute de reins... Le désir m'habitat. La Fondation Cartier, alors à Jouy-en-Josas, près de chez nous, organisait une manifestation d'autos anciennes au milieu des compressions de César et autres Totems. Nous y étions avec l’Aston et quelques fidèles de la marque. Un Monsieur habillé d'une livrée blanche et portant casquette se distinguait au milieu du jury du concours d'élégance. Le chauffeur avait amené une rare Talbot Pacific. C'était le Président du Club Talbot. Je me présentais à cette personne paraissant très sympathique : un certain Dominique Dupont.
Le moindre papier manuscrit de Charles Baudelaire ou de Marcel Proust se négociant à plus de dix mille euros en vente publique, je me loue d'avoir conservé une lettre du Président m’invitant à voir une berline T26 dans le Nord de la France. Bien entendu nous nous sommes rendus au plus vite chez les Ch'tis dans les faubourgs de Roubaix où se dressent les superbes résidences, témoignage de la prospérité ancienne d'une industrie textile en voie de disparition et dont Dominique avait été un acteur. Entre nous devait s'établir une fidèle amitié. La berline T26 qu'il me fit essayer était très bien, mais je ne fis pas affaire, je désirai un Coach I Un Coach Surprofilé. Les mois s'écoulaient. Un jour enfin passait dans LVA l'annonce espérée. Monsieur Dortomb (futur Président du Club de I'auto) vendait son coach. Il était négociant en vin à Suresnes (je n'invente rien), un professionnel du commerce. il n'était plus certain d'être vendeur me disait-il, me faisant part au cours d'une conversation téléphonique des sanglots de son épouse qui ne voulait plus se séparer de l'auto... tant de souvenirs ! Bref il sentait bien que j'étais ferré. Je payais ce qu'il voulut. La fiche de l'usine dont Dominique me donna copie me permit de découvrir que l'auto avait été peinte à 1'origine en gris métallisé, couleur d'une exécution difficile à l'époque et que « les phares et antibrouillard Marchal étaient fournis par le client » : M. Lemarié. Habituellement l'usine de SURESNE se fournissait chez CIBIE. Divers papiers qui étaient demeurés dans l'auto me permirent de découvrir que Monsieur Jean Lemarié, dirigeant d'un certain nombre d'entreprises industrielles dans l'automobile et l'aéronautique, était le Patron des Bougies Marchal. Avant d'acheter laT26 il possédait une T23, donc de plus de 12CV, pour laquelle il bénéficiait d'une autorisation exceptionnelle de circuler. Pour les besoins de cette petite histoire, et ce que je n'avais pas fait jusqu'à présent! J'ai, grâce aux factures d'entretien retrouvées, réussi à reconstituer l'histoire de l'auto. Le premier propriétaire l'a conservé 27 ans, je la possède depuis 1987 et les kms au compteur qui n'a toujours pas accompli sa révolution, sont authentiques. Il sera peut être utile à certain de savoir que l'usine avait conduit la T26 chez Dunlop à Neuilly et que Monsieur Gresse recommandait sur une note dactylographiée de gonfler les pneus avant entre 2,3 et 2,5 kg et l'arrière au maxi à 2,75 kg. Au début des années 2000, mon activité professionnelle m'amena à rencontrer certains membres de la famille qui dirigeaient l'entreprise Plastic Omnium. J'eus à faire notamment à Monsieur Lemarié, membre de la famille par alliance et responsable de la stratégie du groupe. Bien évidemment je lui demandais s'il avait quelque parenté avec mon Lemarié ? Bien entendu, sa réponse fut négative. Quelque semaines plus tard Monsieur Lemarié m'appela au Téléphone pour me dire qu'il connaissait le Lemarié que je cherchais et qu'il m'invitait à l'Automobile Club de France à déjeuner pour me le présenter. Tous deux en effet étaient membres du Club, si chic, où à vrai dire on s'intéresse assez peu à l'automobile. Paul Morand, qui disposait d'une chambre au Crillon mitoyen pour ses rendez-vous galants, en faisait partie afin, disait-il, de pouvoir profiter de la piscine. Du restaurant, la vue de la place de la Concorde, surtout le soir lorsque scintillent les éclairages sous la pluie, est splendide. Si l'endroit est pratique pour y organiser des déjeuners d'affaires, je préfère cependant la cuisine au quotidien de Patricia. La qualité aura sans doute été améliorée ? Monsieur Lemarié, fils du propriétaire de la Talbot, car c'était bien lui, n'éprouva aucun désir de parler de l'auto, pas d'avantage de son père, ne me fit part d'aucun souvenir, d'aucune anecdote. Il ne manifesta aucune curiosité à propos de la T26 qui maintenant m'appartenait. De l'auto, et je crois bien de toutes les autos du monde il s'en fichait comme de sa première couche. J'en fus dépité surtout à l'égard de mon hôte dont l'intention de m'être agréable avait fait chou blanc. D'où l'expression : Le Marié me fit fort Marri. »
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