BONAPARTE (NAPOLÉON). Lettre autographe signée...

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BONAPARTE (NAPOLÉON). Lettre autographe signée...

BONAPARTE (NAPOLÉON). Lettre autographe signée « Bonapart » au Directeur Paul BARRAS. Passariano [près d’Udine, dans le Frioul], 4 vendémiaire [an VI – 25 septembre 1797]. Une page grand in-folio sur un bifeuillet avec adresse sur la dernière page, vestige de cachet de cire rouge, déchirures restaurées sur le feuillet d’adresse dues à l’ouverture, papier finement entoilé , document monté sur onglet dans un volume in-folio , avec 3 autres documents postérieurs montés en tête , reliure en maroquin rouge, dos à nerfs fileté avec titre en long, filet doré encadrant les plats, bordure intérieure de maroquin rouge fileté (bound by Sangorski & Sutcliffe. London). Barras, j’ai été aussi surpris que tout homme l’auroit été à ma place de la conduite que l’on a à mon égard… L’ON ME TRAITE COMME SI MES SENTIM[ENTS] ETOIENT SUSPECT. AUGERAU, PAR UNE INDIGESTION DE POUVOIR BETE, ECRIT DES LETTRES QUI LE RENDE LA FABLE ET LE RIDICULE DE L’ARMEE, en même tems qu’elle font penser bien des choses qui peut-être ne sont pas… UNE NUE DE PLUTTE CRIAR [c’est-à-dire « de pleutres criards »] VONT PRETENDRE TOUT BLAMER COMME TOUT JUGER. JE SUIS MALADE ET J’AI BESOIN DE REPOS. JE DEMANDE MA DEMISSION. Apuie-la si tu es mon ami. 2 ans dans une campagne près de Paris rétabliront ma senté et redoneront à mon caractaire la popularité que la continuité du pouvoir ôte néceserment… JE SUIS ESCLUSIF DANS MA MANIÈRE DE SENTIR ET D’AGIR ET J’ESTIME LE C[O]EUR BIEN PLUS QUE LA TETE DES HOMMES QUI VONT DOMINER LES CONSEILES ET L’OPINION. Je te prie surtout d’avoir soin que l’on n’acuse de rien le jeune aide de camp d’Augerau. C’est un de mes meler [c’est-à-dire « meilleur »] soldat, brave et bon. Je l’ai vu avec plaisir et je l’aime. Je t’embrasse. Au revoir, bientôt j’espère… » CHEF DE GUERRE VICTORIEUX EN Italie. Le siège de Mantoue, où tout se dénoua dans cette brillantissime campagne d’Italie, s’était achevé glorieusement le 2 février 1797, après six mois de lutte et trois tentatives autrichiennes pour briser l’encerclement de la ville, toutes brisées par des victoires françaises, Castiglione, Roverdo, puis Arcole et Rivoli. Alors que le pape avait fait la paix par le traité de Tolentino en février 1797, et que le royaume de Naples demeurait neutre, Bonaparte s’était lancé dans une marche sur Vienne. Contrairement aux prévisions du Directoire, il avait ainsi pris stratégiquement le pas sur les armées de Moreau et de Hoche en Allemagne, en menant l’offensive principale contre l’Autriche. L’archiduc Charles n’avait pu arrêter sa progression : un armistice avait été signé le 13 avril 1797, puis des préliminaires de paix à Leoben le 18 avril. NEGOCIATEUR SOUVERAIN AVEC L’Autriche. Depuis lors, Bonaparte menait des négociations serrées avec Ludwig Cobenzl, dans des conférences diplomatiques à Udine en Frioul. C’est à Passariano, où fut écrite la présente lettre, qu’il s’était installé dans la villa du doge Marini, sur la rive gauche du Tagliamento, et c’est à Passariano que serait signé le 18 octobre 1797 le traité dit de Campo-Formio, du nom d’un autre village voisin, actuellement Campo-Formido. MAITRE EN SES CONQUETES ITALIENNES. La plupart des généraux de la République avaient acquis un pouvoir et une indépendance jusque là inconnue sous la Révolution. C’était particulièrement le cas avec Bonaparte qui s’était débarrassé des commissaires aux armées, avait réorganisé son armée, l’avait dotée de moyens, et s’était attaché ses hommes par ses victoires, le paiement régulier de la solde en monnaie métallique et par une propagande interne active. En outre, il agissait de manière quasi autonome en Italie, remaniant des territoires, occupant Venise, fondant des Républiques sœurs, concluant des traités, organisant l’administration civile des territoires sous son contrôle, levant des impôts, etc. Enfin, il entretint une véritable Cour royale à Mombello (près de Milan) et à Passariano. SAUVEUR DE LA REPUBLIQUE. Proche des jacobins dans ses débuts politiques, Bonaparte avait déjà participé à la répression de l’insurrection royaliste de Vendémiaire en 1795. La droite et les royalistes s’agitèrent de nouveau après les élections d’avril 1797 qui leur donnèrent l’avantage, et, comme protégé de Barras, Bonaparte subit leurs attaques, venant notamment du club de Clichy. Il afficha alors publiquement son engagement aux côtés du Directoire en proférant des menaces publiques contre les royalistes, et prit des initiatives décisives : il communiqua au Directoire les papiers du comte d’Antraigues, agent du comte de Provence, qu’il avait saisis en Italie et qui mettaient en cause le général Pichegru, alors président du Conseil des Cinq-Cents. Ensuite, il envoya à Paris le général Augereau, jacobin exalté mais tête politique trop peu avisée pour lui faire sérieusement de l’ombre. C’est celui-ci qui fut le bras armé du Directoire dans le coup du 18 fructidor an V (4 septembre 1797), mené contre les Conseils dominés par les royalistes. GENERAL PRETORIEN INQUIETANT LE DIRECTOIRE. Pouvoir central faible et en partie touché par la corruption, le régime du Directoire était lui-même issu d’un coup d’État, et souffrait d’une instabilité politique liée à de graves défauts constitutionnels : les factions jacobines et royalistes étaient en mesure d’agir, et la collégialité du Directoire lui-même ne fonctionnait pas vraiment, ajoutant à l’instabilité – Barras néanmoins traversa toute la période au pouvoir. À cela s’ajoutait une forte crise économique, sociale, religieuse, tandis que la guerre s’éternisait sans but clairement affirmé. Adulé par ses soldats, Bonaparte s’était rendu indispensable au Directoire par ses victoires et ses contributions financières au Trésor public. Mais il représentait aussi une menace : il avait à sa dévotion toute une armée, bien que réputée républicaine voire jacobine (contrairement aux armées françaises d’Allemagne), et il avait déjà participé à deux coups de forces politiques. Les jacobins ne manquèrent pas de rappeler par ailleurs qu’il avait réprimé les démocrates en Italie. Comme Bonaparte lui-même en prenait conscience, une prise de pouvoir politique personnelle devenait envisageable à son profit. Dimanche 2 Juillet 2017 / Osenat / 9 IRONIE CINGLANTE CONTRE AUGEREAU. Ce général, grisé par son rôle lors du coup de Fructidor, se mit à critiquer ouvertement Bonaparte et même le Directoire, tout en révélant maladroitement son ambition de devenir Directeur à son tour. Il avait aussi envoyé à l’armée d’Italie son aide de camp Vérine, peu après le coup du 4 septembre, pour réclamer une somme de 600000 francs qui ne lui était pas due – ce que Bonaparte avait refusé catégoriquement. CHANTAGE A LA DEMISSION EN POSITION DE FORCE FACE AU DIRECTOIRE. L’aide de camp Vérine était aussi porteur de copies de la correspondance secrète de Clarke (chargé de surveiller le chef de l’armée d’Italie) avec l’ancien directeur Carnot : même s’il le savait depuis qu’il avait « retourné » Clarke, Bonaparte n’y était pas épargné. Aussi, Bonaparte réprimanda fortement Vérine, le chassa d’Italie, et écrivit plusieurs lettres dont la présente pour railler la conduite d’Augereau. Le 25 septembre, il ignorait encore que celui-ci venait déjà d’être éloigné de Paris le 23 septembre, en étant nommé à la tête des armées de Sambre-et- Meuse et de Rhin-et-Moselle. Devant les critiques des jacobins et d’Augereau, et devant la méfiance d’une partie du Directoire, Bonaparte chercha alors à pousser son avantage en forçant le Gouvernement à lui réaffirmer son soutien : il demanda à être démis de ses fonctions – dans une lettre officielle au Directoire et dans la présente lettre officieuse au directeur Barras – tout en sachant qu’elle ne pouvait être acceptée dans les circonstances. Il avait déjà eu recours à ce procédé en juin 1796 pour refuser l’injonction de Carnot d’abandonner le commandement de la moitié de son armée à Kellermann. BARRAS, « ROI » DU DIRECTOIRE. Tombeur de Robespierre, qui l’appelait « flibustier », comme de Carnot, qui voyait en lui un « Caligula », Paul de Barras était un vétéran des guerres coloniales en Inde, devenu agitateur révolutionnaire. Élu à la Convention en 1792, il avait rempli des missions, notamment aux armées, prenant des mesures terroristes à Marseille et supervisant le siège de Toulon. Fort corrompu, il se savait menacé par Robespierre, et fut un des instigateurs du 9 thermidor. Réintégré alors dans l’armée avec le grade de général, il fut ensuite appelé par la Convention pour organiser sa défense contre les insurgés royalistes de Vendémiaire en octobre 1795. Son succès lui valut d’être nommé peu après parmi les premiers Directeurs – il le demeura jusqu’à la fin de ce régime. LE PROTECTEUR DE BONAPARTE. C’est en 1793, au siège de Toulon, que Barras rencontra Bonaparte. S’il utilisa la réussite du jeune officier à son propre profit, il le fit néanmoins nommer général et favorisa sa carrière militaire : c’est probablement sur son intervention que Bonaparte, qui refusait de servir en Vendée, fut nommé au bureau topographique du ministère de la Guerre, et put nouer des contacts au plus haut niveau. C’est lui encore qui l’appela avec d’autres généraux jacobins disgraciés comme Brune pour l’aider lors de l’insurrection de Vendémiaire, et qui lui permit d’être nommé commandant en chef l’armée de l’Intérieur à Paris. Bonaparte fréquenta Barras alors assidûment, et c’est par son intermédiaire qu’il rencontra Joséphine, qu’il épousa en mars 1796… avec Barras comme témoin. Leur relation se compliqua avec la montée en puissance de Bonaparte, qui prit des initiatives de plus en plus indépendantes : c’est sans en parler à Barras qu’il sollicita le commandement de l’armée d’Italie, ou qu’il occupa Venise (Barras au contraire avait touché des pots-de-vin pour garantir la souveraineté de la Sérénissime). Si c’est encore Barras qui convainquit les autres Directeurs d’accéder au désir de Bonaparte de regagner Paris à la fin de la campagne d’Italie, il ne réussirait plus à contrôler sa créature et serait écarté du coup de Brumaire. RARISSIME EXEMPLE DE LETTRE ENTIÈREMENT AUTOGRAPHE SIGNÉE NAPOLÉON Ier, Correspondance générale, Paris, Fayard, t. I, 2004, n° 2084, dans une transcription avec deux mots ajoutés, et un autre d’une lecture différente (« niais » pour « criard »).
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