LETTRES DE SOLDAT. PICARD. Correspondance...

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LETTRES DE SOLDAT. PICARD. Correspondance...

LETTRES DE SOLDAT. PICARD. Correspondance de 21 lettres à sa famille, soit 19 à son frère, une à son père et une à sa mère. 22 janvier 1806-16 mars 1814. Une lettre avec déchirure et atteinte à plusieurs lignes. Joint la lettre d'un camarade aux mêmes. 1.200/1.800 Très belle correspondance d'un officier de cuirassiers. Maréchal des logis chef en 1806, l'auteur fut promu sous-lieutenant en 1808, lieutenant en 1812 et probablement enfin capitaine. Il servit dans le premier régiment de Cuirassiers commandé par le colonel Berckheim qui, passé général en 1809, se l'attacha comme aide de camp. Ils firent campagne ensemble, notamment en Russie dans la division Doumerc (corps Oudinot), en Allemagne puis en France dans la division Bordesoulle (corps La Tour-Maubourg puis Murat). Campagne d'Austerlitz – «Housnou», à 71 lieues de Vienne, 22 janvier 1806, à son père: «… Vous devez avoir reçu actuellement ma d[erni]ère du 20 ou 22 frimaire [11 ou 13 décembre 1805] qui… vous portait quelques détails de la de[erni]ère bataille avec les Russes & la nouvelle de la paix signé entre l'empereur d'Allemagne & celui de France… Dubouillon… est un drôle, de dire qu'il avait été blessé de deux balles, il est bien blessé effectivement mais d'un beau coup de sabre à travers le visage, qu'il a reçu étant ivre mais ce n'est pas à la bataille, c'est en portant quelqu'ordonnance… Le 10 janvier tous les malades ont été évacués, il ne reste aucune troupe française auprès de cette ville, nous en sommes aussi partis le 9 pour faire 60 lieues & nous reposer ensuite une huitaine de jours, rien de plus pénible… que ces 10 jours de marche, à travers les montagnes, les bois, couverts de neige & de glaces, personne ne pouvait tenir pied, entre autres la journée du 15 a été la plus terrible, nous avons perdu plus de chevaux qu'à la bataille. Je croyais que c'était mon d[erni]er jour, enfin nous avons fait onze lieues dans ces beaux chemins sans pouvoir nous loger qu'à 2 hes du matin après avoir fait 11 lieues à pied & la cuirasse sur le dos. Pour vous faire une idée des mauvais chemins, le colonel est arrivé ce soir-là à son logement avec 10 hommes, de 500 & tant que nous sommes au régt, les uns étoient d'un côté à relever leurs chevaux, les autres à faire tous les efforts pour les empêcher de tomber, d'autres à porter tous leurs effets sur leur dos, ayant perdu leurs chevaux par accident… Les papiers vous auront sans doute fait part du mariage du prince Eugène avec la princesse de Bavière… On la dit la plus belle femme de l'Europe… Vous saurez aussi qu'il est nommé vice-roi d'Italie…» – «Housnou», 22 janvier 1806, à son frère: «… C'est donc le 1er de mai… que nous aurons le plaisir de nous embrasser, quelle satisf[action pour moi], après 6 mois d'abscence, de se revoir. Surtout [à la fin] d'une campagne aussi pénible, ce n'est pas parce que c'est ma première, mais on n'en a jamais fait une pareille, aussi nous conte-t-elle pour deux, le mois de vendémiaire pour une seulement, ainsi juge combien notre empereur est satisfait. Tu prendras lecture de la proclamation de l'empereur… Il veut au 1er de mai voir toute son armée rangée autour de son Palais, mais après cela, dit-il, nous verrons où nous appellerons le bonheur de notre patrie & les intérests de notre gloire…» Occupation du Hanovre, 1808 – Lüchow, à l'Est de Wittenberg, 20 juillet 1808: «… J'ai eu le malheur d'être saisi deux fois par la fièvre, mais heureusement j'en suis débarassée… Nous vivons ici dans une ignorance parfaite, aussi mourrons-nous d'ennuis, nous n'avons pas seulement de société, l'on nous fuit comme la peste. Oh! Race infernale d'Anglais, quand pourrons-nous donc vous exterminer…» Campagne d'Autriche, 1809 – Vienne, 3 août 1809: «… J'ai quitté mon régiment & suis passé aide de camp de Mr de Berckheim notre colonel qui vient d'être nommé général & qui est écuyer de Sa Majesté… J'ai été volé dernièrement, mon domestique m'a enlevé 2 chevaux & mon portemanteau mais j'ai retrouvé mes 2 chevaux à Vienne. Le portemanteaux que je ne peux retrouvé me fais grand tort, j'avois aussi de l'argent dedans…» Armée d'Allemagne, 1810-1811 – Frankenmarkt, près de Salzbourg, 1er janvier 1810: «… J'ai lu dans les gazettes le divorce de l'empereur, ça nous a beaucoup étonné mais on ne peut disconvenir que cela est nécessaire…» Campagne de Russie, 1812 – Schönbeck, près de Magdebourg, 13 mars 1812: «… Je suis depuis le 8 du courant dans la belle ville de Schönbeck où le tems ne s'envole pas, je t'assure, mais où il se traîne bien lentement. L'ennui, je n'en doute pas, lui a coupé les ailes. Je me couche tous les jours avec la consolante certitude que le jour suivant sera semblable en tout au précédent. D'après ce court exposé fais-toi une idée de nos jouissances. J'espère que cela ne durera pas longtems & que nous irons sous peu en faire rendre compte à nos amis les Russes. Sans cet espoir je serai déjà mort d'ennui… Nous sommes sous les ordres de S.E. le maréchal Oudinot. Avec un tel capitaine on ne peut que faire de bonnes affaires…» – Polotsk [Polatsk dans l'actuelle Biélorussie], 31 août 1812: «… Je t'assure qu'il n'y a pas de ma faute, si je t'ai privé longtems de mes nouvelles. Nos occupations guerrières, point de poste d'établie, par conséquent les courriers n'arrivant pas, je n'avais aucun moyen de faire passer mes lettres. Notre corps d'armée ne faisant point partie de la Grande Armée où est l'empereur, on s'est fort peu inquiété que nous ayons des lettres ou non. Enfin, maintenant les postes sont un peu mieux organisées… Nos affaires vont bien car l'empereur est près de Moscow… Tu auras peut-être déjà appris… que j'avais été assez malheureux pour ne rien obtenir encore, & tous mes cadets ont été avancés, c'est un coup du sort…: le jour de la revue de l'empereur, le gal Berckheim avoit à la suite de ses équipages une voiture de fourages & personne ne devait en avoir, ce qui fâcha un peu [l']empereur & lui fit même diminuer le gal, tu penses bien que cela l'intimida & il n'y eu plus moyen de rien faire demander par ce d[ernie]r à l'empereur, qui cependant ne lui auroit rien refusé, j'en suis sûr, car il étoit de bonne humeur un instant après. Mais la timidité s'étant emparée du général, il me fallut renoncer à toutes mes prétentions…» Une note de l'époque indique un intinéraire daté: «Marienwerder 4 juin [Kwidzyn dans l'actuelle Pologne], Squemanoui près Wilkomir 6 j[uill]et [Skiemonys près d'Ukmerge dans l'actuelle Lituanie], Polosk 9 7bre». – Mayence, 27 fevrier 1813: «… Je ne puis trop te remercier de la promptitude que tu as mis à me répondre… Cette somme me suffira, je pense, quoiqu'il faille m'habiller de pied en cap, ayant tout perdu, mais avec quelques mois d'appointements que j'espère toucher ici je ferai en sorte… de ne point abuser de tes bontés & si j'étois payé des 800 frcs qui me sont accordés par Sa Majesté pour m'indemniser de mes pertes pendant cette campagne, je serai en état de me représenter en ligne comme quand j'ai commencé cette malheure campagne. Enfin… j'en suis revenu sain & sauf, c'est là un miracle & par conséquent en état de recommencer celle-ci, quoique je n'ai pas lieu d'être satisfait car je n'ai point eu d'avancement, que je méritais avant beaucoup d'autres, & pour comble de malheur, tout perdu. Il me reste cependant un petit cheval polonais excellent… Je désespère de vous voir cette année car je crois qu'il nous faudra bientôt repartir pour chasser cette maudite canaille…» Campagne d'Allemagne, 1813 – Halberstadt, 21 avril 1813: «… L'empereur est arrivé à Erfurt & l'ennemi se retire déjà de toutes parts. Je ne doute que nous ne soyons bientôt à Berlin…» – Dresde, 9 mai 1813: «Arrivé depuis hier dans cette ville & y étant arrêté par le pont que nous avons trouvé coupé, je m'empresse… de te donner de mes nouvelles. Je me porte bien, je suis seulement un peu fatigué, la rapidité avec laquelle nous venons de repousser l'ennemi jusqu'aux bords de l'Elbe ne nous ayant pas laissé le temps de prendre du repos… Ils fuient de toutes parts, dans beaucoup de villes & villages, les habitants nous ont raconté qu'ils y passoient en désordre, c'est absolument une campagne commencée comme celle de Prusse, dont la première affaire a décidé de la campagne. J'ai été jusqu'aux portes de Leipzig mais je n'y suis pas entré, notre division s'étant rejetée sur la droite de cette ville où a eu lieu la bataille [de Lützen] du 2 de ce mois… L'empereur est ici depuis hier & nous allons probablement continuer notre course rapide pour délivrer nos places fortes, Torgau où étaient 10000 hommes est déjà débarrassée…» – Mayence, 3 novembre 1813: «… Je me porte bien, je m'en tire encore une fois sain & sauf mais non sans avoir de nouveau tout perdu… Nos affaires sont un peu changé de face mais patience, notre réveil sera celui du lion & tant pis pour ceux qui nous ont lâchement abandonné, déjà les Bavarois ont vivement ressentit les effets de notre juste colère car ils ont été complètement battu à Hanau où ces inconséquents ont cru nous couper la route de France…» Campagne de France, 1814 – Fismes, dans la Marne, 16 mars 1814: «Je t'ai écris de Soissons pour te faire part de mon arrivée, mais que nous étions sans division. Je te préviens que maintenant le gal vient d'en obtenir une, dite des Escadrons réunis que nous venons de rejoindre ici… Depuis mon retour à l'armée j'ai vu l'ennemi à Rheims où on l'a joliment culbuté (le 13) [la bataille de Rheims fut remportée par Napoléon Ier contre les forces russes et prussiennes], en lui prenant 8 pièces de canons, caissons & 2000 prisonniers. Je les ai vu, entends-tu, incrédule…»
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