BAUDELAIRE (Charles). Poème autographe intitulé...

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BAUDELAIRE (Charles). Poème autographe intitulé...

BAUDELAIRE (Charles). Poème autographe intitulé « Les promesses d'un visage ». 1 p. in-8 carré, marges légèrement effrangées avec 2 manques de papier dont un affectant un mot, restaurations au verso. Joint, un manuscrit du poème « La pipe ». Une des « Galanteries » des Épaves . Écrite en 1865 ou 1866, cette pièce fut publiée sous le numéro XI dans la section « Galanteries » de son recueil Les Épaves en 1866, puis dans Le Nouveau Parnasse satyrique du dix-neuvième siècle au début de 1867 (avec titre à la date de 1866). De ces pièces « trop vives » refusées par Le Parnasse co ntempo rain. Baudelaire envoya des pièces de vers à Catulle Mendès, dont le nom est ici porté au crayon d'une autre main en marge supérieure. Celui-ci, qui animait le recueil périodique Le Parnasse contemporain, y publierait 15 de ces poèmes sous le titre collectif de Nouvelles Fleurs du mal. Il devait penser aux « promesses d'un visage », entre autres, quand il écrivit à Baudelaire le 23 janvier 1866 : « Quelques pièces, trop vives, ne peuvent prendre place dans le Parnasse. » « À Mademoiselle A...z ». Le voile demeure sur l'identité de cette mystérieuse dédicataire, malgré les hypothèses avancées. Un rapprochement a par ailleurs été fait avec le tableau de Manet La Chanteuse des rues, où figure un modèle féminin aux étranges sourcils surbaissés, et que Baudelaire avait vu en mars 1863 exposé à la galerie Martinet. Quelques variantes avec la version définitive de l'édition des Épaves reprise dans la Pléiade, toutes de l'ordre de la ponctuation. Surtout, le présent manuscrit révèle que le titre primitif était la dédicace elle-même « À Mademoiselle A...Z », mais que Baudelaire a ensuite inscrit le titre définitif entre celle-ci et le texte, d'abord sous la forme « Promesses » complétée ensuite en « Les promesses d'un visage » « J'aime, ô pâle beauté, tes sourcils surbaissés D 'où semblent couler des ténèbres , Tes yeux, quoique très noirs, m'inspirent des pensées Q ui ne sont pas du tout funèbres. Tes yeux, qui sont d'accord avec tes noirs cheveux, Avec ta crinière élastique, Tes yeux languissamment me disent : "Si tu veux, Amant de la muse plastique, Suivre l'espoir qu'en toi nous avons excité [« suscité » biffé, corrigé en « excité »] Et tous les goûts que tu professes, Tu pourras constater notre véracité D epuis le nombril jusqu'aux fesses , Tu trouveras au bout de deux beaux seins b[ien] lourds D eux larges médailles de bronze, Et sous un ventre uni, doux comme du velours, Bistré comme la peau d'un bonze, Une riche toison qui vraiment est la soeur D e cette énorme chevelure, Souple et frisée, et qui t'égale en épaisseur, N uit sans étoiles, nuit obscure !" "Nuit sans étoiles, nuit obscure !" Les Épaves , édi tion clandestine de Poulet-Malassis à Bruxelles . Bien que ce recueil poétique n'ait pas été publié à la demande de Baudelaire, celui-ci l'avait lui-même envisagé, d'abord sous les titres successifs de Bribes et de Feuilles. Il avait rédigé une table des matières, retrouvée dans ses papiers, où le présent poème figure sous le n° 14, mais il est connu qu'il conçut plusieurs projets, et l'on peut lire ici, inscrit de sa main le numéro « 16 » biffé (lu « 76 » par Claude Pichois). Auguste Poulet-Malassis prit l'initiative de la publication, en précisant dans son avertissement anonyme que le recueil était « composé de morceaux poétiques, pour la plupart condamnés ou inédits », et qu'il était destiné aux« deux-cents soixante lecteurs probables qui figurent – à peu près – pour son éditeur bénévole, le public littéraire en France, depuis que les bêtes y ont décidément usurpé la parole sur les hommes ». Auguste Poulet-Malassis n'en fut pas moins identifié, et, comme le diffuseur, condamné par le tribunal correctionnel de Lille le 6 mai 1868 pour outrage à la morale publique et religieuse ainsi qu'aux bonnes moeurs. Provenance : bib liothèque du grand collectionneur baudelairien Armand Godoy. D'origine cubaine, poète francophone et traducteur de l'espagnol, Armand Godoy (1880-1964) réunit une importante bibliothèque d'imprimés et de manuscrits de Baudelaire. Joint : BAU DELA IRE (Charles). Poème manuscrit intitulé « La pipe ». 14 vers sur une p. in- 4. Manuscrit connu, que Claude Pichois et Jacques Dupont répertorient et reproduisent dans leur ouvrage de référence sur Les Fleurs du mal, en lui reprochant néanmoins un « graphisme suspect, sans compter une formulation non moins maladroite ». Il comprend 3 variantes avec la version définitive imprimée. Dans ce sonnet des Fleurs du mal, appartenant au chapitre « Spleen et idéal », Charles Baudelaire s'approprie un motif littéraire ancien, déjà traité par l'écrivain allemand Gottlieb Konrad Pfeffel, que Gérard de Nerval a traduit, ou par Alphonse Rabbe, que Baudelaire plaçait au rang de Chateaubriand et de Poe. En plaçant au passage des réminiscences de la fable « La mort et le bûcheron » de La Fontaine, il en fait l'objet emblématique de l'écrivain, et sans doute même une pipe pour haschich. Marcel Proust affirmerait : « C'est dans les pièces relativement courtes ("La Pipe" m'en semble le chefd'oeuvre) que Baudelaire est incomparable » (« À propos de Baudelaire », paru dans la Nouvelle revue française de juin 1921). Provenance : André Bertaut (n° 159 du catalogue de la vente aux enchères de sa bibliothèque, Paris, Hôtel Drouot, 10-11 avril 1957). Pour « Les promesses d'un visage » : Charles Baudelaire, OEuvres complètes, t. I, p. 163. – • Pour « La pipe » : Charles Baudelaire, OEuvres complètes, t. I, p. 67. – Claude Pichois et Jacques Dupont, L'Atelier de Baudelaire. Les Fleurs du mal : édition diplomatique, t. I, p. 373, et t. III, p. 2441 (reproduction).
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