[NAPOLÉON Ier]. - CREVIER (Jean-Baptiste-Louis)

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[NAPOLÉON Ier]. - CREVIER (Jean-Baptiste-Louis)

Histoire des empereurs romains. A Amsterdam, chez J. Wetstein, 1750. In-12, veau brun jaspé, dos lisse cloisonné orné de motifs géométriques et de vases avec pieces de titre et de tomaison noires, fin encadrement doré sur les plats avec armoiries dorées au centre, coupes filetées, tranches marbrées, reliure un peu frottée avec coins usagés; avec un croquis a la mine de plomb en marge de la page 157 (reliure vers 1810). La vie de l'empereur Auguste Volume complet en soi, mais formant le premier seul d'une série de douze couvrant l'histoire de l'Empire romain jusqu'a Constantin. L'Histoire des empereurs romains remporta un grand succes et fut rééditée jusqu'au xixe siecle, connaissant meme une traduction anglaise au xviiie siecle. Continuateur de l'Histoire romaine de Charles Rollin, Jean-Baptiste-Louis Crevier (1693-1765) fut l'auteur de nombreux ouvrages historiques, rhétoriques et pédagogiques, en latin et en français. L' exemplaire de Napoléon à Sainte-Hélène provenant du château de Rambouillet LE VOLUME PORTE LE CACHET DE LA BIBLIOTHEQUE DE LONGWOOD. Le Mémorial du comte de Las Cases et les Cahiers de Sainte-Hélène du grand-maréchal Bertrand livrent l'opinion parfois critique, parfois admirative de l'empereur sur les oeuvres de Crevier, auteur qui demeura pour lui, avec Rollin, une lecture fréquente depuis l'École militaire. Une note dictée a Gourgaud en 1817 a Sainte-Hélene montre qu'il tenait fermement a compléter son exemplaire de l'Histoire des empereurs romains auquel manquait le volume VII. Napoléon Ier prit grand soin de se constituer une bibliotheque a Longwood, qu'il composa de plusieurs groupes d'ouvrages. Des apres Waterloo, il avait souhaité emporter en exil un vaste ensemble de livres, comme il le fait écrire le 25 juin 1815 a son bibliothécaire Antoine-Alexandre Barbier. Le Gouvernement provisoire dirigé par Fouché s'y opposa, puis concéda l'enlevement de la bibliotheque de Trianon, avec accord de la Chambre, mais ce furent les Prussiens qui cette fois s'y opposerent. Napoléon Ier ne put finalement emporter qu'environ 400 volumes prélevés au château de Rambouillet, dont le présent volume relié a ses armes. A Sainte-Hélene, ce premier noyau fut complété principalement par des envois du Gouvernement anglais, mais aussi par des dons de particuliers parmi lesquels la célebre Lady Holland. L'ensemble forma une bibliotheque d'environ 3500 volumes au total, qui fut confiée aux soins de Louis-Étienne Saint-Denis, dit le mameluk Ali. Un livre légué à son fils le duc de Reichstadt, passé entre les mains de Madame Mère puis de Caroline Bonaparte IL PORTE UN EX-DONO AUTOGRAPHE SIGNÉ DE CAROLINE BONAPARTE, au verso de la premiere garde volante: «Paris, 16 décembre 1836. OUVRAGE LAISSÉ PAR L'EMPEREUR À SON FILS ET QUI M'EST ÉCHU EN PARTAGE APRÈS LE DÉCÈS DE MA MÈRE, héritière de son petit-fils. Ce de Lipona. Donné par moi à Monsieur le chevalier d'Hautmesnil.» La reine de Naples déchue avait adopté en 1815 le nom de «comtesse de Lipona», anagramme formé sur «Napoli». Dans son testament, le duc de Reichstadt avait été désigné par Napoléon Ier comme le légataire des livres lui appartenant en propre: «1° Quatre cents volumes choisis de ma bibliotheque parmi ceux qui ont le plus servi a mon usage. 2° Je charge Saint-Denis de les garder, et de les remettre a mon fils quand il aura seize ans.» (titre VI de l'état A qui y est joint au texte du 15 avril 1815). Le Gouvernement anglais respecta cette volonté quant aux volumes venus de France en 1815, mais fit saisir ceux qui étaient venus de Londres, les céda en bloc au libraire londonien Bossange qui en revendit une partie aux encheres chez Sotheby le 23 juillet 1823. Tous les autres livres furent partagés entre les compagnons de Napoléon. La part des livres qui revenait au duc de Reichstadt quitta l'île avec Saint-Denis qui les remit au duc de Padoue, lequel les transmit a Letizia Bonaparte. Le pouvoir autrichien refusa néanmoins qu'aucun souvenir de Napoléon Ier ne parvienne au duc de Reichstadt (Guillaume-Isidore de Montbel, Le Duc de Reichstadt, Paris, Le Normant, Dentu, Versailles, Angé, 1832, p. 491). A la mort de Madame Mere, en 1836, les livres furent partagés entre les héritiers, et le présent volume échut a Caroline Bonaparte. PROVENANCE: LE CHEVALIER D'HAUTMESNIL, INTENDANT D'ÉLISA, DE PAULINE PUIS DE CAROLINE BONAPARTE. Pierre Antoine d'Hautmesnil, fut d'abord au service d'Élisa Bonaparte dans la principauté de Lucques et Piombino et demeura ensuite aupres d'elle comme intendant. Apres la mort de la princesse, en 1820, il passa au service de Pauline Bonaparte, puis, apres la mort de celle-ci en 1825, fut employé par Caroline Bonaparte, toujours en qualité d'intendant. Son épouse, Sylvie Boucot, fut dans le meme temps dame de compagnie de Pauline puis de Caroline Bonaparte. Le chevalier d'Hautmesnil a lui meme inscrit ici un ex-dono autographe signé en faveur d'un ami, au recto de la derniere garde volante. Le dessin de la page 157 est probablement de sa main: il figure en marge d'un passage relatant la clémence d'Auguste a l'égard d'un financier corrompu sauvant sa vie en offrant a l'empereur le fruit de ses rapines - le chevalier d'Hautmesnil avait été en charge du budget dans la principauté de Lucques et Piombino. «L' empereur aimait infiniment la lecture» (Saint-Denis) Grand lecteur des sa jeunesse, Napoléon Ier fit toujours montre d'une volonté encyclopédique, avec une forte prédilection pour l'histoire. Ses gouts le portaient plutôt vers les classiques grecs, latins et français, les «nouveautés» ne l'attirant qu'autant qu'elles l'informaient de l'état de l'opinion, principalement en matiere politique. Pour sa distraction, il recourait plutôt au théâtre, surtout aux tragédies, et rarement aux romans, bien qu'il en ait lu beaucoup dans ses jeunes années - et qu'il en ait écrit lui-meme. Les poetes l'intéressaient peu, hormis Homere et Ossian/Macpherson. Durant ses années d'activité, il considéra les livres comme un outil au service de ses tâches militaires et régaliennes, un moyen de préparer ses grands projets. Aussi, il ne fut pas un bibliophile attaché a la beauté de l'objet, mais bien plutôt désireux de s'entourer de volumes commodes, généralement de petits formats faciles a transporter et modestement reliés. Il fut tres attentif a l'établissement de bibliotheques a son usage, officielles et particulieres, comme général en Italie et en Égypte, puis comme chef d'État, dans ses différents châteaux: Fontainebleau, Laeken, Malmaison, Rambouillet, Saint- Cloud, Les Tuileries... Il demanda également a se former des bibliotheques portatives de voyage. A Longwood, il ajouta simplement a ses lectures habituelles celle de la Bible, et développa d'autant plus sa pratique des livres historiques qu'il rédigeait ses mémoires. Les témoignages les plus intéressants sur cette période sont ceux de Louis-Étienne Saint-Denis, et de madame de Montholon. L'empereur avait conservé une excellente mémoire, une lecture rapide et efficace, et le désir d'approfondir tout sujet d'intéret qu'il abordait. Auguste et Napoléon Ier, ou les vies parallèles de deux hommes illustres LA PROVENANCE DU PRÉSENT VOLUME INVITE A UNE RELECTURE DE LA VIE D'AUGUSTE A LA LUMIERE DE CELLE DE NAPOLÉON, A LA MANIERE DE PLUTARQUE: «Auguste ne s'attribua pourtant aucun titre qui le caractérisât monarque. Il témoigna toujours une extreme horreur, non seulement pour le nom de roi, qui, depuis l'expulsion des Tarquins, étoit détesté des Romains, mais meme pour celui de dictateur, qu'une loi d'Antoine avoit aboli aussitôt apres la mort de César. Il usa d'adresse: & son art consista a accumuler sur sa tete différens titres, tous déja usités, tous républicains par eux-memes, & a déguiser ainsi sous des noms anciens une forme nouvelle de Gouvernement. LE PREMIER DE CES TITRES EST CELUI D'IMPERATOR, dont nous avons fait le nom d'empereur. Ce titre avoit été employé du tems de la République en deux sens: premierement pour signifier simplement un GÉNÉRAL D'ARMÉE, & en second lieu comme un NOM D'HONNEUR & DE GLOIRE accordé a un chef de guerre qui avoit vaincu les ennemis dans une action importante. Auguste en prenant ce meme titre, lui donna une bien autre étendue [...]. L'empereur, en cette qualité, étoit le généralissime de toutes les forces de l'Empire [...]: privilege assurément royal dans cette universalité de commandement [...]. CE TITRE, AUQUEL ÉTOIENT ATTACHÉS DE SI GRANDS DROITS [...] DÉCELOIT L'ORIGINE DE CE NOUVEAU GOUVERNEMENT, FONDÉ PAR LA FORCE DES ARMES. Il tempéra aussi la terreur du titre militaire d'empereur par d'autres titres, ou mixtes, ou purement civils. Il géra plusieurs fois le consulat [...]. Il reçut aussi dans les memes circonstances la puissance du tribunat [...]. Cette puissance tribunitienne lui étoit d'une extreme importance. Premierement elle le mettoit en droit d'empecher qu'il ne se passât rien contre sa volonté ni dans le Sénat, ni dans les assemblées du peuple [...]. De plus, en vertu de ce titre, [sa] personne devenoit sacrée & inviolable [...]. Auguste & ses successeurs s'approprierent encore la puissance de la censure. TANT DE TITRES RÉUNIS EN LEUR PERSONNE LES METTOIENT EN POSSESSION DE TOUTE LA PUISSANCE CIVILE & MILITAIRE. Ils y joignirent celle de la religion [...]. LES ROMAINS, EN PERDANT UNE LIBERTÉ TUMULTUEUSE, & QUI DÉGÉNÉROIT EN UNE HORRIBLE LICENCE, NE PERDIRENT A PROPREMENT PARLER QU'UN BIEN IMAGINAIRE; & ILS EN FURENT ABONDAMMENT DÉDOMMAGÉS [...]. Les guerres civiles finies au bout de vingt ans, les guerres étrangeres ou terminées par la victoire [...], la paix rétablie [...], les loix remises en vigueur, l'autorité rendue aux tribunaux, la culture aux campagnes, le respect & l'honneur aux choses saintes [...], voila quels furent les fruits du changement introduit par Auguste [...]. Les excellents poetes ses contemporains, honorés de ses bontés & de son estime, se sont plu a peindre la félicité publique dont on lui étoit redevable [...]. Ainsi la sagesse d'Auguste fut comme une source féconde d'ou la félicité coula & se répandit sur toutes les parties de l'univers: grand ouvrage sans doute, & seul digne d'un véritable héros. IL AVOIT COUTUME DE DIRE AU SUJET D'ALEXANDRE QU'IL S'ÉTONNOIT QUE CE CONQUÉRANT CRAIGNÎT DE N'AVOIR PLUS RIEN A FAIRE LORSQU'IL N'AUROIT PLUS DE PEUPLES A VAINCRE: COMME SI GOUVERNER UN VASTE EMPIRE N'ÉTOIT PAS QUELQUE CHOSE DE PLUS GRAND QUE DE LE CONQUÉRIR» (pp. 27-32 et 49-52). Cf. Jacques Jourquin, «La bibliotheque de Sainte-Hélene», dans Sainte-Hélène, île de mémoire (Chevallier, Dancoisne- Martineau et Lentz, dir.), Fayard, 2005, pp. 121-125
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