BONAPARTE (Lucien)

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BONAPARTE (Lucien)

Manuscrit autographe. 4 pp. in-folio, ajouts, ratures et corrections, petite fente à la pliure. UN IMPORTANT PASSAGE DE SES MÉMOIRES. Lucien Bonaparte en commença la rédaction durant son premier exil romain, en 1805-1806, et procéda à divers remaniements en 1834-1835. Trois importants extraits en furent publiés, d'abord par ses soins puis par ceux de sa veuve: La Vérité sur les Cent Jours (Paris, Ladvocat, 1835, un volume), Mémoires (Paris, Gosselin, 1836, un volume) et Révolution de brumaire (Paris, Charpentier, 1845, un volume). Il fallut attendre l'ouvrage de Théodore Iung, Lucien Bonaparte et ses mémoires pour disposer d'une édition complète et commentée (Paris, Charpentier, 1882-1883, 3 volumes). L'ouvrage qui avait paru en 1816, sous le titre Mémoires secrets sur la vie privée, publique et littéraire de Lucien Bonaparte, est entièrement apocryphe (Paris, Delaunay, 2 volumes). LES PRODROMES DU DIX-HUIT BRUMAIRE PAR UN DE SES PRINCIPAUX ACTEURS. Le présent manuscrit, qui est consacré à la préparation du coup d'État, correspond au passage situé vers la fin du dernier chapitre des Mémoires de 1836 (pp. 259-264), intitulé «Mois de fructidor an VII. Du 18 août au 22 septembre 1799», et à la fin du chapitre VIII du premier volume de l'édition Iung (pp. 246 à 249). La version de 1836 comprend 3 passages ajoutés par Lucien Bonaparte lors de ses travaux de remaniement, tandis que la version de 1882-1883 ne les donne plus: il s'agit des paragraphes les plus critiques, soit une adresse des modérés, la tirade contre Napoléon qui aurait dénaturé le projet de Sieyès, et le détail de ce projet. Frère cadet de Napoléon, Lucien Bonaparte joua un rôle politique important comme membre puis président du Conseil des Cinq-Cents, où il assura le succès du coup d'État de brumaire. Attaché aux idéaux républicains de sa jeunesse, il critiqua ensuite la dérive autoritaire de son frère, refusant par ailleurs d'obtempérer au véto mis par Napoléon à son remariage avec Alexandrine de Bleschamp. LUCIEN ACCUSE ICI NAPOLÉON D'AVOIR DÉTOURNÉ À SON PROFIT LE PROJET DE SIEYÈS. Il cherche d'une part à démontrer la nécessité de ce coup d'État de brumaire auquel il fut favorable, en rappelant le contexte politique: menace extérieure des armées coalisées (des troupes anglo-russes avaient débarqué au Helder) et menace intérieure des jacobins. Ceux-ci exigeaient, avec le général Jourdan, la proclamation de la «patrie en danger» assortie de mesures extraordinaires anti-démocratiques, ce qui leur fut refusé par vote le 28 fructidor (14 septembre 1799). Ensuite, il explicite son adhésion au dessein initial de Sieyès visant à refonder la République sur des bases plus solides, le coup d'État devant permettre de mettre en place une nouvelle Constitution. IL DÉNONCE AINSI LA DÉRIVE DICTATORIALE DE SON FRÈRE, d'où vint que la «sublime» conception de Sieyès fut «mutilée» en un code «incomplet» et «incohérent». «... Il n'y avait pas de conciliation possible. La dissidence était complète; les menaces des jacobins nous déterminèrent à rompre avec eux. Le triomphe de leurs opinions nous paraissait le plus grand danger de la patrie. LES EXAGÉRATIONS RÉVOLUTIONNAIRES SONT EN EFFET LA CAUSE LA PLUS ORDINAIRE DE LA CHUTE DES RÉPUBLIQUES. Un excès mène à l'excès contraire. Les jacobins ont presque toujours été les plus utiles promoteurs de la royauté, comme les flatteurs des rois ont été aussi souvent les aveugles provocateurs de la République. Ce rapprochement est tout simple puisque les démagogues sont les flatteurs de la multitude. - Mais parmi ces flatteurs de la multitude beaucoup sont parfaitement sincères... Sans doute: ils sont aussi sincères que beaucoup de COURTISANS QUI, HABITUÉS À CONTEMPLER LEUR MAÎTRE À TRAVERS LE PRISME DE LA PUISSANCE ABSOLUE, FINISSENT PAR L'ADMIRER RÉELLEMENT, PAR L'ADORER PRESQUE, COMME UN ÊTRE D'UNE NATURE SUPÉRIEURE. De même, fascinés, enivrés par la faveur populaire, beaucoup de démocrates, honnêtes d'abord, finissent pas se laisser aller jusqu'au crime, jusqu'au meurtre! TOUS LES FANATIQUES SE TIENNENT DE PRÈS: ceux de la secte jacobine, ceux de la St-Barthélemi, ceux du vieux de la montagne, sont tous également la proie d'une frénésie morale. LES PLUS DANGEREUX SONT LES PLUS SINCÈRES, ils le sont infiniment plus que la tourbe des satellites sans conviction qui, pour trouver pâture, s'abattent comme les corbeaux sur tous les champs de bataille... On peut négliger un moment ces valets de tous les puissants; mais quand aux hommes de coeur et de foi, c'est à eux qu'il faut s'attacher; et SI ON NE PEUT LES CONVAINCRE ET LES ÉCLAIRER, IL FAUT LES COMBATTRE SANS MÉNAGEMENT ET SANS RÉPIT, DÈS QUE LEUR FANATISME MENACE DE BOULEVERSER LA SOCIÉTÉ. Pénétrés de ces vérités, nous nous décidâmes à prévenir les jacobins: nous résolûmes de faire succéder des hostilités directes à nos anciens ménagements, et de faire réussir, à tout prix, la réforme dont on parlait vaguement depuis quelque temps; NOUS EXIGEÂMES ENFIN QUE SIEYÈS NE RETARDÂT PAS DAVANTAGE À NOUS SOUMETTRE LE DÉVELOPPEMENT DE SES AMÉLIORATIONS CONSTITUTIONNELLES. C'est alors qu'il dût se croire au moment de faire adopter ses sages théories. MAIS LA FRANCE, QUOIQUE EN RÉPUBLIQUE DEPUIS SEPT ANS, ÉTAIT-ELLE VÉRITABLEMENT MÛRE POUR LA LIBERTÉ POLITIQUE? - L'avenir a répondu négativement... Aucun de nous, alors, ne prévoyait la réponse de l'avenir... Les accusations de royalisme, sans cesse lancées contre Sieyès, étaient entièrement calomnieuses. Cet homme d'état n'avait que des vues républicaines. Je crois devoir ici m'étendre sur son projet de réforme qui lui appartient beaucoup plus que la charte préférée par Napoléon et votée par le peuple français... JE MONTRERAI... COMMENT À L'ARRIVÉE MIRACULEUSE DU HÉROS, L'ENTHOUSIASME NATIONAL SOUMIT TOUT À SON INFLUENCE MAGIQUE; COMMENT CE TORRENT TROP SOUVENT SANS FREIN CHEZ UN PEUPLE GÉNÉREUX, VIF ET MOBILE... SE PRÉCIPITA VERS LA DICTATURE; comment cette dictature, dont la nécessité n'était que trop évidente, mais qui du moins devait être temporaire et placée hors de la loi permanente, fut malheureusement incorporée dans cette loi; comment enfin une conception sublime dans son ensemble, ayant été mutilée, se transforma, malgré nous, en un code incomplet, incohérent et fort différent de ce que Sieyès avait proposé...»
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