FLAUBERT (Gustave). Lettre autographe signée...

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FLAUBERT (Gustave). Lettre autographe signée...

FLAUBERT (Gustave). Lettre autographe signée à [Ivan Tourguéniev]. [Croisset], « mercredi » [22 janvier 1879]. 3 pp. in-8. « Encore la goutte, mon cher vieux ! & la mort de votre frère ! PARTOUT DES DOULEURS, DES CHAGRINS ! DES EMBÊTEMENS & LES TRISTESSES ! IL EST TEMPS DE S'EN ALLER ! QUANT À MOI, JE N'AI PLUS QUE CETTE IDÉE-LÀ. FINISSONS-EN. LA VIE EST TROP DURE. Mais vous n'allez pas vous mettre en route par cet horrible froid ? & malade comme vous êtes ! Attendez un peu. D'autre part, ne perdez pas votre héritage. L'ARGENT EST UTILE. MAINTENANT OÙ JE N'EN AI PLUS – MAIS PLUS DU TOUT, JE SUIS FORTEMENT CONVAINCU DE CETTE VÉRITÉ. Vous me demandez s'il est bien nécessaire que je reste à Croisset jusqu'à la fin de février – nécessaire, non, mais obligatoire. Ma pauvre nièce a vendu son logement, & je leur laisse le mien en attendant la solution définitive des "affaires". Jolie choses " ! Après quoi, que deviendrai-je ? Je l'ignore. Cela est dur à mon âge. Voilà ce que c'est, mon bon, que d'avoir des nièces qu'on aime. J'AI TOUT DONNÉ P[OUR] OBÉIR AU PRÉJUGÉ DE L'HONNEUR. Bref, l'espoir de reconstituer notre fortune est à jamais perdu. Là-dessus, rêvez. Votre solitude n'est pas comparable à la mienne. Vous vivez avec des gens intelligents & charmants [le couple formé par Pauline et Louis Viardot]. Mais moi, mon cher ami, depuis le 2 janvier, je n'ai pas vu une personne. Mes matins & mes soirs se passant en tête à tête avec mon chien. Notez que je n'écris même pas, puisque je ne fais que lire – & lire de la métaphysique ! – pas autre chose – puis quand je suis écœuré de cette besogne, j'ai comme distraction l'idée de ma misère, qui commence à se faire sentir effectivement. C'eût été une bonne détente p[our] mon cœur & p[our] mes nerfs qu'un long tête-à-tête avec mon cher ami, le grand Tourguéneff ! Il faut s'en priver, mais au moins, écrivez-moi. Vous 'avez pas été gentil cet été. Vous m'avez laissé trop longtemps sans nouvelles. Quoiqu'il advienne, je serai à Paris au mois de mars – & compte y rester jusqu'à la fin de mai. Il me faut p[our] B & P. [BOUVARD ET PÉCUCHET] des renseignements scientifiques que je ne peux me procurer ailleurs – QUEL LIVRE ! QUEL ACCABLANT FARDEAU ! & LA CONCEPTION EN EST PEUT-ÊTRE VICIEUSE ? IL EST PEUT-ÊTRE IMPOSSIBLE DE FAIRE UN ROMAN AVEC CETTE IDÉE-LÀ ? C'EST TROP VOULU. IL N'Y A JAMAIS EU DEUX BONSHOMMES PAREILS ? – Encore un sujet de déchirement intérieur. Regulus n'était rien auprès de moi, j'arrive à le croire [général romain qui fut supplicié à Carthage]. J'AI LU QUEL[QUE]S COMPTE RENDUS DE L'ASSOMMOIR. SON SUCCÈS (PÉCUNIAIRE) DONT JE ME RÉJOUIS P[OU]R ZOLA NE PROUVE RIEN QUANT AU NATURALISME puisque c'est un mélodrame – très ordinaire, & ça ne pose pas notre ami comme auteur dramatique, puisque la pièce n'est pas de lui [la pièce fut tirée du roman par William Busnach et Octave Gastineau]. SON FAMEUX ARTICLE A SUSCITÉ DES CLAMEURS IDIOTES, & C'EST P[OUR] CELA QU'IL N'EST PAS DÉCORÉ – EST-CE BÊTE ! MAIS QU'EST-CE QUI N'EST PAS BÊTE ? À COMMENCER PAR MOI, & SURTOUT MOI ! Allons, adieu. Espérons que nous nous verrons au printemps, plus gaillards l'un & l'autre. & n'oubliez pas votre vieux Gve Flaubert qui vous chérit. » Provenance : collection Viardot (timbre sec).
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