CÉLINE (Louis-Ferdinand Destouches dit Louis-Ferdinand)....

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CÉLINE (Louis-Ferdinand Destouches dit Louis-Ferdinand)....

CÉLINE (Louis-Ferdinand Destouches dit Louis-Ferdinand). Lettre autographe signée en deux endroits, adressée conjointement À THORVALD MIKKELSEN (1/2 p. in-folio, d'une écriture inhabituellement appliquée, avec signature « Destouches ») et à Lucette ALMANZOR (1 p. 1/2 in-folio, d'une écriture plus cursive, avec signature « Louis »). Prison de Copenhague, 21 août 1946. Le tout sur un f. de papier rose à en-tête imprimé « Københavns Fængsler » [prisons de Copenhague]. SEPT ANS D'EXIL AU DANEMARK. Avec sa femme Lucette, Céline se réfugia au Danemark à la Libération. Il trouva à se loger dans l'appartement libre d'une amie, la danseuse Karen Marie Jensen qui résidait alors à Madrid. L'ambassadeur de France, apprenant en octobre 1945 la présence de Céline au Danemark, s'informa auprès du ministre des Affaires étrangères de ce qu'il convenait de faire. Georges Bidault lui répondit qu'un mandat d'arrêt avait été lancé contre Céline en avril 1945 et qu'il fallait obtenir son extradition. Le 17 décembre 1945, le couple fut arrêté, Lucette étant libérée quelques jours après. Pour sa défense, Céline s'adressa au Danemark à Thorwald Mikkelsen, avocat francophone et francophile rencontré par l'intermédiaire d'amis danois, et en France à Albert Naud, avocat ancien résistant approché par l'intermédiaire de son ami Antonio Zuloaga, attaché de presse à l'ambassade d'Espagne. Le gouvernement danois, jugeant insuffisants les griefs à l'encontre de Céline, refusa son extradition mais le garda en prison jusqu'en février 1947, date à laquelle il fut transféré dans un hôpital. Après avoir été condamné en France en février 1950, Céline obtint son amnistie en France en avril 1951. À SON AVOCAT THORVALD MIKKELSEN : « Mon cher Maître, MILLE PROFONDES EXCUSES ! JE VOUS AI ÉCRIT UNE LETTRE ABSOLUMENT IMPARDONNABLE où il était question de ma femme, de mon chat etc... oubliez tout ceci, je vous en supplie ! C'EST UN MOMENT DE DÉLIRE, D'IDIOTIE COMPLÈTE ! Au moment où vous mettez en œuvre un appareil de défense extraordinairement ardu et complexe, je viens, moi que vous défendez avec tant de zèle, de cœur et de parfait désintéressement, vous encombrer de mes inepties ! JE SUIS FORT, EN VÉRITÉ. MAIS LA FOLIE N'EST PAS UNE EXCUSE SUFFISANTE dans mon cas. Les fous doivent respecter leur médecin. Et je ne l'ai pas fait. Je tremble et je vous jure de n'être jamais repris par un de ces accès. Ceci dit, il m'a été raconté que [Philipp] Scheidemann le grand social-démocrate allemand, était mort ici en exil, réfugié politique. Je n'établis aucun parallèle entre lui et moi mais enfin s'il était réfugié... À vous encore cent mille excuses... » À SA PROPRE ÉPOUSE LUCETTE : « Mon petit Mimi, je suis heureux, bien heureux de te revoir avec meilleure mine – mais tes mains, encore ! Oh les mains ! Il faut prendre encore au moins 6 à 7 kilos, pour les mains aussi, d'ailleurs et des gants ! Toujours des gants et pas de ménage, jamais un doigt dans l'eau ou dans la poussière, à aucun prix. Tu as des mains faites admirablement pour les castagnettes, pas pour le ménage, des mains de danseuse, pas de boucher? Ce sont les autres qui ont des mains de bonniche, pas toi. Ceci dit une bonne fois pour toutes. Tu as repris de la mine, mais ce n'est pas encore assez. IL FAUT DORMIR. AUCUN SOUCI À MON ÉGARD. JE SUIS TRÈS TRÈS BIEN. J'entends des voix d'ouvriers. J'entends tous les bruits de la ville. Je suis presque en liberté dans ma garçonnière. Je peux ainsi bien travailler. Je ne vis bien que sans bruit autour de moi, à cause de mon oreille. Attention. Il faut continuer à prendre de l'argent chez Karen. Tu connais le monde à présent. Il semblera très bizarre que tu ne prennes plus rien. Comment vit-elle ? de leçons ? d'amants ? L'argent de France, personne n'y croira ou ne voudra y croire. L'explication la plus canaille est toujours celle qui prend cours, infailliblement. On ne te donnera pas un amant mais dix ! Française, danseuse, libre, voyons donc ! Il va de soi ! Tu connais ma jalousie ! Ce n'est point d'elle dont il est question, tu le sais. Les leçons donneront d'autres hystéries jalouses. Non moins redoutables. Donc crois-moi. Continue à prendre 300 ou 400 couronnes par mois, ou davantage, du fonds. Que tout semble normal. Cela n'empêchera pas les langues mais enfin il vaut mieux. Lucienne et son Mercadier [probablement Lucienne Delforge, ancienne maîtresse de Céline, et le journaliste collaborateur Henry Mercadier, qui tous deux se retrouvèrent avec Céline à Baden-Baden en 1944] ont préparé le terrain. Ne te prive de rien. Sois coquette et mange bien. Il te faut de la sucrerie aussi, qq. bonbons, chcolat, gâteaux. Lorsque les muscles marchent, il faut du sucre. Il faut être toujours en force. Et puis bientôt il y aura les rhumes, tes terribles rhumes. Maigre comme tu l'es, tu ne résiste rais pas. je serais joli ! Tu pourras ainsi vivre aisément, il le faut. Divise notre somme en 5 ou 6 ans et sers toi. Cela est là pour ça, pas pour en faire des papillottes. Mange de la viande crue, cela donne de l'agressivité, il t'en faut. K[aren] te déteste ? Penses-tu que son hidalgo m'idolâtre ? Si je m'en fous ! Et de tous ! L[a] question n'est pas là. Elle est d'en sortir. Déménage, aussi. N'hésite pas à payer ce qu'il faut. Pas de misérable logement, on s'y rend malade. Paye. ne m'apporte plus ni fromage ni jambon. Je succombe sous la nourriture. Juste fruits, gâteaux et bonbons. C'est là de l'argent bêtement perdu, mets 10 couronnes à mon compte la prochaine fois, et n'apporte aucun livre. Je suis aussi bien encombré de ce côté-là. Attends une autre semaine, les journées passent extrêmement vite. NE SOIS PAS TRISTE À CAUSE MOI. TOUT VA TRÈS BIEN. J'AI DU CAFÉ 1 FOIS PAR SEMAINE ! C'EST LA VIE ! TOUT CE QUE TU ÉPROUVES, JE L'ÉPROUVE À FOND. Je commence à comprendre les exilés russes qui ne se cachaient pas, et qui nous détestaient. Il faut passer par là. Rien de commun avec les "autres", la haine, c'est atroce. Je regrette. Reine ! Sois coquette. les chaussures, les bas, les gants ! Bonny [le journaliste et traducteur suisse Paul Bonny] pourrait peut-être envoyer à présent la malle ? BRAVE BÉBERT ! QUEL SORCIER ! Fais attention, dans ton nouveau local, qu'il ne s'enfuie pas ! Baisers... » Le chat Bébert, que Céline conserva près de lui dans sa traversée de l'Allemagne en 1944- 1945, est un personnage à part entière de la trilogie allemande : D'un Château l'autre, Nord, et Rigodon
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