ROUSSEAU (Jean-Jacques). Manuscrit autographe...

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ROUSSEAU (Jean-Jacques). Manuscrit autographe...

ROUSSEAU (Jean-Jacques). Manuscrit autographe (10 pp. in-4 dans une chemise portant un titre autographe), avec ajouts autographes de madame Dupin (3 paragraphes et quelques mots interpolés), larges mouillures. Notes appa rtenant aux travaux prépa ratoi res effectu és pa r Rousseau pou r madame Dupin qui méditait une défense de la condition féminine . Madame Dupin , mécène et amie de Rousseau . Épouse du fermier général Claude Dupin, propriétaire du château de Chenonceau, Louise-Marie-Madeleine de Fontaine (1706-1799) était fille naturelle du grand financier Samuel Bernard et tint le plus brillant salon parisien de son temps, où fréquentèrent le cardinal de Bernis, Buffon, Fontenelle, l'abbé de Saint-Pierre ou Voltaire. Rousseau lui fut présenté en 1743, s'en éprit, lui déclara sa flamme puis s'en excusa dans une lettre d'excuse. Madame Dupin ne lui en tint pas rigueur et l'engagea comme secrétaire en 1745 pour l'aider dans ses travaux littéraires. Rousseau demeura longtemps auprès d'elle, ne quittant son service qu'en 1751, et lui conserva toujours une tendre amitié. Les années pass ées pa r Rousseau au service de madame Dupin fu rent « décisives quant à la formation et à la première formulation de ses idées » (Jean-Pierre Le Bouler, article sur madame Dupin dans Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau, Raymond Trousson et Frédéric Eigeldinger dir., p. 263). Honneur aux femmes de la Rome antique Le présent manuscrit comprend une grande partie du chapitre consacré à la place de la femme dans l'Antiquité romaine, des origines à l'avènement de Constantin. Il semblerait qu'il ait été rédigé à partir d'une lecture sélective des volumes 8 à 10 (1747-1749) de la traduction française de l'Histoire universelle depuis le commencement du monde, ouvrage collectif anglais de Bower, Campbell, Sale, Psalmanazar et Shelvocke. Une illust ration de l'étroite collabo ration intellectuelle qui unit Rousseau et madame Dupin , en ce que sont juxtaposés deux états du texte : brouillons autographes de Rousseau avec ajouts et corrections de sa main et de celle de madame Dupin (ff. 3 et 6), et mise au net autographe de Rousseau (ff. 1, 2, 4 et 5). Les ajouts et corrections du f. 3r° ont été indistinctement intégrées dans la mise au net (f. 4r-5r), tandis que le f 3v° et f. 6 en entier n'ont pas fait ici l'objet d'une mise. « ... Les Sabins nous fournissent la preuve du crédit que les f[emmes ] eurent dans ces p[remie ] rs tems. Ce furent elles qui firent la paix entre les Romains et les Sabins, qui fut conclue à des conditions avantageuses et très honorables pour elles. Les f[emmes] des p[remie]rs rois eurent autant de crédit qu'eux. Témoin Tanaquil, f[emme] de l'ancien Tarquin, qui plaça son mari et son gendre successivement sur le trône. Ce fut pour venger l'injure odieuse faitte à une f[emme] que ce peuple abjura les rois et se forma en République. Les f[emmes] partagèrent la liberté que cette forme de gouvernement introduisit. Elles formoient un corps respecté dans l'État et qui le représentoit dans l'occasion. Elles étoient données en otage ainsi que les h[ommes] et elles étoient receues avec la même confiance et la même considération. Les f[emmes] obtinrent de Coriolan la paix qu'il avoit refusée à tous les autres corps de l'État. On remit à la discrétion d'une f[emme] des prisonniers carthaginois, pour qu'elle vengeât sur eux les outrages que son mari avoit receu de leur nation. Les f[emmes] eurent souvent la plus grande part aux événements les plus intéressants de la République. Ce fut une f[emme] qui fit passer le consulat dans les familles des plébéyens. On fit en différents tems quelques entreprises sur les droits des f[emmes], qui servent à faire connoître quels étoient ces droits , puisque rien ne prouve mieux qu'une chose a subsisté que ce qui se fait pour la détruire. Un usage vient toujours d'un autre usage. Aussitôt que les empereurs se furent rendus maîtres de la Rép[ubliqu ]e, le peuple romain donna à leurs f[emmes ] en particulier des titres pareils aux leurs et leur décerna les mêmes honneurs. Si les f[emmes] avoient été du tems de la Rép[ubliqu]e dans une espèce d'abaissement et d'enchaînement, cela ne seroit point arrivé sans doute. Les impératrices, leurs filles, leurs soeurs et celles des empereurs furent décorées du titre d'Agustes et de mères de la patrie. On en vit assister au Sénat, gouverner Rome et l'Empire, recevoir et dépêcher des ambassadeurs, disposer des charges et des emplois, et ont les vit enfin partager les apothéoses. Ces titres donnés à des f[emmes] n'étoient pas des titres vains. Livie partagea réellement le gouvernement avec Auguste, Plotine avec Trajan, et leurs règnes n'en ont été que plus glorieux. Plusieurs se trouvèrent à la tête des troupes et s'y conduisirent comme les plus braves capitaines. Agrippine, Sévérine, au milieu des camps et des armées, ont partagé les périls et la gloire de la guerre. Tibère se montra jaloux du crédit qu'Aggrippine eut dans les trouppes, et cette basse jalousie qu'il porta e[nsuit]e jusqu'à la plainte n'arrêta pas cependant, l'admiration et les respects du peuple romain pour Aggripine, même après la mort de Germanicus. [Paragraphe correspondant dans la mise au net à un ajout de la main de madame Dupin dans le brouillon :] Tacite rapporte que Severus Cecina proposa que les f[emmes] n'allassent plus dans les provinces et dans les armées &c. , à quoi il ajoute que peu de gens prêtèrent l'oreille à ces remontrances, et qu'on ne trouva pas Cecina un assez digne réformateur pour l'écouter , que néanmoins Valerius Messalinus, fils du grand Messala et Drusus s'élevèrent contre lui. [Paragraphe correspondant dans la mise au net à un ajout de la main de Rousseau dans le brouillon :] Quelques impératrices ont été accusées dans leur conduitte particulière d'une licence de moeurs extrêmem[en]t condamnable. Il seroit aisé de justifier quelques-unes de celles qui sont accusées, telles que les Faustines, à qui leurs sages maris témoignèrent tant d'estime, d'attachement, et de considération , même après leur mort. Messaline paroît avoir mieux mérité les reproches qu'on lui a faits, mais il faut convenir que l'histoire de sa mort est une trame abominable qui fait horreur à lire. Narcisse, le plus vil et le plus diffamé des h[ommes], fut son accusateur , il extorqua de l'empereur l'ordre de la faire mourir, et l'envoya assassiner dans un jardin entre les bras de sa mère. Ce genre de mort, l'espèce de ses délateurs, et leurs artifices laissent encore plus d'horreur pour eux que pour Messaline. Victoria ou Victorine et Zénobie, reine de Palmyre, ont été comptées parmi les trente tyrans. La dernière, alliée et impératrice de Rome avoit fait trembler et triompher tour à tour les Romains selon le parti qu'elle avoit pris pour ou contre eux. Mesa, ayeule d'Héliogabale, plaça ses deux petit-fils sur le trône l'un après l'autre. Cette f[emme] gouverna Rome, se trouvant en personne et dans le Sénat et à la teste des armées. [Texte du brouillon, f. 6 :] Il est impossible d'allier avec tous ces usages les principes de l'assujetissement [de la main de madame Dupin : « et de l'abaissement des f[emmes] »] qu'on veut chercher chés toutes les nations. On a vu ces mêmes usages durer constamment dans Rome depuis César le p[remie ]r des emper[eu]rs jusqu'à Constantin qui transféra à C[onstantino]ple le siège de l'Empire et adopta la religion chrétienne. Ce qui donna une nouvelle forme aux loix et aux moeurs, [ajout de la main de madame Dupin : « m[ais] ne changea p[as] le sort des f[emmes]. Elles consservèrent dans le nouvel Empire le crédit et les honneurs dont elles jouissoient dans l'Empire romain... »] On ne peut s'empêcher de rire en remarquant l'adresse avec laquelle les historiens modernes tâchent d'empêcher que ces évennemens ne puissent faire trop d'honneur aux f[emmes ]. Les femmes étoient décorées des marques extérieures de la dignité et recevoient la récompense des talens politiques et militaires, elles portoient comme les h[omm]es le laticlave qui étoit l'ordre de l'Empire et elles reçurent des mains du Sénat les couronnes de laurier et les titres de mères des armées. [Ajout de la main de madame Dupin : « Leurs médailles furent frappées p[our] conserver la mémoire des actions où elles s'étoient distinguées. L'effigie des princesses étoient sur les monoyes courantes ainsy q[ue] celles des princes. »] »
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