FOUQUIER -TINVILLE (Antoine-Quentin). Lettre...

Lot 3
Aller au lot
8 000 - 12 000 EUR
Result with fees
Result : 10 000 EUR

FOUQUIER -TINVILLE (Antoine-Quentin). Lettre...

FOUQUIER -TINVILLE (Antoine-Quentin). Lettre autographe signée à sa femme, Geneviève-Dorothée Saugnier. Paris, 27 frimaire an III [17 décembre 1794]. 3 pp. in-4, adresse au dos, petite atteinte à deux mots par le cachet de cire, petites déchirures sans atteinte au texte due à l’ouverture. Extraordinaire lettre de prison , dans laquelle il proteste de son innocence, récrimine contre ses ennemis, contre les conditions d’un procès perdu d’avance. Bon père et bon mari, il multiplie les déclarations d’amour à sa femme et ses enfants, s’inquiétant pour leur avenir après sa mort. Fouquier -Tinville , un des visages du terrorisme révolutionnaire . Tombé à la suite du 9 thermidor, mais après avoir mené l’accusation contre Robespierre, Fouquier-Tinville avait rempli durant dix-sept mois les fonctions d’accusateur public près le Tribunal révolutionnaire, contribuant à la condamnation d’environ 2000 personnes selon des procédures iniques. Son propre procès, au côté de ses acolytes, se tint à partir de mars 1795 devant un Tribunal révolutionnaire purgé, et se conclut par sa condamnation à mort le 6 mai suivant. Ledit Tribunal révolutionnaire fut supprimé peu après, le 31 mai. « Ce que j’ai prévu, ma bonne amie, est arrivé : mes ennemis ont dressé toutes leurs batteries de manières qu’ils croient fortement que je ne peus leur échapper : soustraction de pièces et de dépôts, tout a été employé : aussi jamais acte d’accusation n’a été rédigé par une main plus scélérate que celle qui a rédigé le mien , j’y suis qualifié de voleur, dilapidateur, prévaricateur, de féroce assassin et de conspirateur : tout ce qu’il y a d’ordurier et d’atroce dans les feuilles dégoûtantes de Fréron [le conventionnel et journaliste Louis-Stanislas Fréron, qui, de révolutionnaire sanglant, était devenu un accusateur des jacobins, notamment dans son journal L’Orateur du peuple] est rappellé dans un acte qui n’est qu’un rassemblage de monstruosités, et qui présente le tableau le plus effrayant : quatre-vingt témoins composés pour la plupart de mes ennemis les plus acharnés tels que Paris Fabricius et ses lieutenans Dufourcy et Réal [le greffier du Tribunal révolutionnaire, Nicolas-Joseph Paris dit Fabricius, le journaliste Louis Dufourny de Villiers, Pierre-François Réal] et autres de cette troupe connus pour être de la faction Danton, des pères, mères, frères, beau-frères et conseils des condamnés, enfin des fripons et des intriguans ramassés par les soins de Fabricius dans toutes les maisons d’arrêt de Paris : je te le demande, ma bonne amie, si on ajoute à toutes ces manoeuvres criminelles : l’affectation de m’avoir fait signiffier mon acte d’accusation qu’hier soir huit heures moins quelques minutes avec judication que l’affaire venoit le 28, n’est-il pas clair que ma perte est jurée : il est inutile de se faire illusion plus longtemps : toi seule, ma bonne amie, m’as donné du courage pour arriver à ce moment, et malgrés que j’avois tout à redouter de la malveillance de mes ennemis, je ne devois jamais m’attendre qu’un tribunal se laisseroit gouverner par mon ennemi implacable Fabricius : aussi regardé-je qu’il est au-dessus des forces humaines de pouvoir supporter plus longtemps tant d’horreur : c’en est fait , il faut nous séparer pour toujours : tu connois mon âme, tu sais qu’elle ne s’est jamais souillée de ce dont on l’accuse , je mourrai au moins satisfait de la conviction dans laquelle tu es que je mourrai innocent : et d’ailleurs l’affreuse misère à laque[lle] toi et mes enfans allez être exposés est une preuve parlante que jamais mes mains ne se sont souillées du bien d’autrui , par l’effet de la réaction qui s’opère chaque jour, oubliant tous les services que j’ai rendus depuis la Révolution, on travestit en crimes mes actions les plus pures et les plus simples. à travers les mille regrets qui m’assiègent en pensant que je vais te quitter pour la vie, as-tu pensé à ce que j’ai marqué par mes précédentes , as-tu pris quelques précautions pour toi. Adieu, adieu, ma bonne amie, qu’il est cruel de mourir comme un coupable, lorsque toute sa vie on a évité jusqu’au plus léger crime : je meurs ou je mourrai donc sans avoir la consolation de t’embrasser et mes pauvres enfans : ne m’oubliés pas, ma bonne amie , venges ma mort injuste, si tu en trouves l’occasion et le moment favorable , et à cet effet, fais-toi remettre par mon défenseur toutes les défenses que j’ai rédigées et qui sont l’expression de la vérité : tâches de te procurer un sort plus heureux que celui que tu as eu avec moi : ne m’oublies pas, ma bonne amie, je penserai à toi jusqu’à la dernière minute de ma vie : embrasses mes enfans pour moi et ta tante & dis leur sans cesse que leur père est mort victime du complot le plus affreux qui tôt ou tard sera découvert. Adieu, adieu : je t’embrasse mille fois, ma bonne et aimable amie : fais en sorte de ne pas te laisser dépouiller de tout , notre contrat [de] mariage a été passé chez Rameau : adieu pour la vie , les pièces de mes enfans sont chez Hecquart : il n’y a pas de temps à perdre : sûrement La Fleutrie [son avocat, qui avait autrefois défendu Lavoisier, Brissot et madame Du Barry] n’obtiendra point la remise de mon affaire au 1er nivôse [21 décembre] : le parti est pris , demain je m’atte nds à être conduit à la Conciergerie avec les rats et les souris : ah ! quelle fin : elle est aussi tragique que peu méritée : s’il me reste une consolation, c’est la confiance dans laquelle je suis que tu es convaincu que je ne méritois pas une pareille fin : adieu, adieu, ma bonne amie, ton fidel mari jusqu’au dernier soupir... » Joint , le numéro du Bulletin des lois comprenant la loi traduisant Fouquier-Tinville devant le Tribunal révolutionnaire. Samedi
My orders
Sale information
Sales conditions
Retourner au catalogue