HUGO (Victor). Manuscrit autographe. 15-30...

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HUGO (Victor). Manuscrit autographe. 15-30...

HUGO (Victor). Manuscrit autographe. 15-30 avril 1846 et s.d. 23 pp. in-8 carré, sur feuillets extraits d'un même carnet, avec une centaine d'ajouts, de ratures et corrections , quelques traces de bandes adhésives, une déchirure angulaire sans atteinte au texte. PAGES DE JOURNAL. Victor Hugo y a consigné des souvenirs et anecdotes concernant sa vie politique (pp. 1-7), et y mis par écrit à sa manière le récit de la bataille d'Eylau que son oncle Louis Hugo a dû faire devant lui peu après le 30 avril 1846 (pp. 8-23). « On s’était battu toute la journée , on avait pris et repris Eylau... » VICTOR HUGO « TEINTURIER » DE SOUVENIRS D'EMPIRE – on appelait « teinturiers » les écrivains donnant une forme publiable aux mémoires de personnalités historiques. Pour expliquer le « caractère si militant de la vie littéraire et politique » de son mari, Adèle Hugo décrirait l'entourage familial militaire de celui-ci, dans son ouvrage Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie (1863, vol. I). Elle évoquerait donc l'oncle du poète, Louis Hugo, en précisant : « Bien des années après, – il était général alors, – je lui ai entendu dire un soir un épisode de la batailled’Eylau. Son récit frappa un des auditeurs, qui l’écrivit le soir même textuellement et qui veut bien me le donner ». Ce récit, publié en intégralité par Adèle, est celui que l'on peut lire ici, dans une version présentant néanmoins quelques petites variantes. LE PRÉSENT MANUSCRIT FOURNIT QUELQUES INDICES D'UN REMANIEMENT LITTÉRAIRE PAR VICTOR HUGO : certains passages ont été raturés et réécrits de manière plus développée avec parfois déplacements d'anecdotes dans l'ordre du récit, et un dialogue a été interpolé dans un second temps. C'EST CE RÉCIT QUI INSPIRERAIT À VICTOR HUGO SON POÈME « LE CIMETIÈRE D'EYLAU », PARU DANS LA LÉGENDE DES SIÈCLES (nouvelle série, t. I, 1877). LOUIS, L'AUTRE GÉNÉRAL HUGO. Engagé volontaire en 1792, il participa à la grande aventure militaire de la Révolution et de l'Empire, recevant notamment d'honorables blessures à Austerlitz (1805), Eylau (1807) et Auñon (1811, sous les ordres de son frère le général Joseph Hugo, père de Victor). Il fut fait colonel sous les Cent Jours, et général en 1828. « J’ÉTAIS CAPITAINE DE GRENADIERS AU 55ème. ON S’ÉTAIT BATTU TOUTE LA JOURNÉE , ON AVAIT PRIS ET REPRIS EYLAU. DANS LA NUIT, NOUS FÎMES LE BIVOUAC AUPRÈS DU CIMETIÈRE. Mes camarades avaient l’habitude d’aller chercher à coucher dans des maisons , moi je couchais avec mes grenadiers , la première botte de paille était pour moi, et mes camarades n’avaient pas encore trouvé un gîte que je dormais déjà depuis quatre heures. Au milieu de la nuit, arrive un ordre qui prescrit à la compagnie de se transporter dans le cimetière. Le colonel n’était pas là, le sous-lieutenant n’était pas là , je pris le commandement et j’installai mes hommes. Tout cela sous la neige et par un froid de douze degrés. EN ME RÉVEILLANT, JE M’APERÇUS QUE J’AVAIS DORMI SUR UN RUSSE GELÉ. JE ME DIS : TIENS, C’EST UN RUSSE. À SIX HEURES LE FEU COMMENÇA... [Il relate une anecdote où un de ses grenadiers, Desnoeuds, donne « la goutte » d'eau de vie au général de Saint-Hilaire.] Pendant tout cela soixante pièces de canon tiraient à mittraille sur nous. Un quart d'heure après, Desnoeuds reçut une balle à la jambe. Il sortit de son rang, alla s'asseoir à quelques pas de là, et, pendant que les balles pleuvaient, ôta son havresac, en tira de la charpie, une compresse, des bandes de toile, se pansa, remit sa guêtre et revint à sa place. je lui dis alors : "Desnoeuds, va-t-en, tu es blessé". – "Non, mon capitaine, la journée est belle et il faut la voir fi nir". Une heure après, il fut coupé en deux par un boulet... VERS MIDI, JE REÇUS UN BISCAÏEN AU BRAS DROIT. UNE CAISSE À MITRAILLE ÉCLATA AUPRÈS DE MOI... Je fi s un demi-tour sur moi-même. Et j'entendis dire autour de moi : "Voilà le capitaine qui a son compte". – "Pas encore", répondis-je, et je me donnais une poignée de main avec mon bras gauche pour m'assurer que mon bras droit était encore là. Je vis seulement un grand trou dans ma manche... Le feu de l'ennemi continua jusqu'à huit heures du soir. QUAND VINT LA NUIT, SUR 80 HOMMES QUE NOUS ÉTIONS, IL N'EN RESTAIT PLUS QUE QUATRE. J'ÉTAIS DU NOMBRE... » Louis Hugo raconte ensuite comment il se retira alors dans une maison, avec d'autres blessé, et fut détroussé pendant son sommeil. Le récit reprend quand il arriva à Bomberg, actuellement Bydgoszcz en Pologne, où il fut accueilli chez le bourgmestre, opéré par un chirurgien sans autre anesthésie que de l'alcool. Murat fut logé dans la même maison, lui envoya son chirurgien et lui fi t remettre tous les jours une bouteille de bordeaux et un poulet. Son hôte voulut donner à sa fi lle Napoléon pour parrain, lequel demanda à Murat de l'être à sa place, et la cérémonie eut lieu dans la chambre de Louis Hugo : « Murat était assis au pied de mon lit et me dit : "Capitaine, nous nous souviendrons de celle-là"... » Après un voyage pénible en fourgon, dans lequel un de ses compagnons mourut, il parvint dans une ville où se trouvait un hôpital militaire. Il échappa à l'amputation grâce à une collecte de ses camarades en sa faveur qui lui permit d'acheter du quinquina et d'enrayer la gangrène qui avait pris à sa blessure. Journal politique de Victor Hugo comme pair de France, complétant ses Choses vues DANS CES PRÉSENTS FEUILLETS, VICTOR HUGO A CONSIGNÉ TROIS AUTRES SOUVENIRS : UN DE SES BONS MOTS À LA CHAMBRE DES PAIRS, le 15 avril 1846, concernant son discours sur l'emprunt grec (p. 1), UNE ANECDOTE MORDANTE SUR UN PAIR ULTRACONSERVATEUR, Jean-Claude Fulchiron, homme excentrique qui fi t le bonheur des caricaturistes tels Daumier (pp. 1-2), et DES RÉFLEXIONS VISIONNAIRES SUR LA CONDITION OUVRIÈRE, confi ées le 30 avril 1846 à son ami l'orfèvre François-Désiré Froment-Meurice qui venait lui demander son adhésion à une association des fabricants les plus considérables de Paris ayant pour but de moraliser la classe ouvrière : « ... Donner à l’ouvrier un prix plus élevé de son travail, c’est lui permettre de ne consacrer à l’atelier qu’une partie de sa journée, et d’en donner le reste à sa famille, à sa femme, à ses enfants. C’est lui permettre d’aspirer à l’aisance, c’est lui laisser espérer le bien-être. C’est lui donner le temps d’ouvrir sa bible , c’est élargir son esprit et son coeur... Le bonheur des classes riches dépend du bien-être des classes ouvrières. Les riches n’auront l’entière sécurité du présent, qu’autant que le peuple aura l’espérance d’arriver où ils sont... Qu’on ne s’y trompe pas, l’esprit du peuple, où que l’on en fasse l’expérience, est orageux. Et là où l’on ne voit que la cause d’un désordre ou d’un mal passager, moi je vois le germe des révolutions... » (pp. 2-7).
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