ALEXANDRE VI. Pièce signée, « Alexander papa...

Lot 1
30 000 - 40 000 €

ALEXANDRE VI. Pièce signée, « Alexander papa...

ALEXANDRE VI. Pièce signée, « Alexander papa VI manu propria subscripsi », contresignée par l'ambassadeur de Venise en Cour de Rome Andrea CAPELLO, le cardinal milanais Ascanio Maria SFÒRZA, et 3 notaires. « Chambre neuve » du palais du Vatican (« in palatio apostolico in camera nova »), 22 avril 1493. 1 p. au recto d'un feuillet de parchemin in-plano (76 x 53 cm), dans l'élégante écriture dite cancelleresca italica issue de la cursive humanistique, et en langue latine , fente restaurée aff ectant légèrement l'initiale ornée. Traité de la Ligue de Saint-Marc TRIPLE ALLIANCE ENTRE LA PAPAUTÉ, MILAN ET LA RÉPUBLIQUE DE VENISE, donc entre le pape Alexandre VI, le duc de Milan Gian Galeazzo Maria Sfòrza et son oncle le duc de Bari Ludovico Maria Sfòrza, régent de fait du duché de Milan (dits traditionnellement en France Jean Galéas Sfòrza et Ludovic le More), et le doge Agostino Barbarigo. Cette alliance fut ensuite désignée sous le nom de Ligue de Saint-Marc, car elle fut proclamée le 25 avril 1493, jour de la fête de Saint-Marc, dans l'église romaine consacrée à ce saint pour les Vénitiens de Rome. ALEXANDRE VI A APPOSÉ ICI PERSONNELLEMENT SA SIGNATURE, TANDIS QUE LES DEUX AUTRES PUISSANCES SE SONT FAIT REPRÉSENTER PAR D'ÉMINENTES PERSONNALITÉS : – LA SÉRÉNISSIME PAR ANDREA CAPELLO (vers 1444-1493), alors ambassadeur (« orateur ») à Rome, par ailleurs procurateur de Saint-Marc et syndic, c'est-à-dire un des plus hauts administrateurs et magistrats après le doge. – LE DUCHÉ DE MILAN PAR LE CARDINAL ASCANIO MARIA SFÒRZA, qui était le frère de Ludovic le More. Il avait oeuvré à l'élection de Rodrigo Borgia, et avait été alors nommé en récompense vice-chancelier du Saint-Siège (chef de la chancellerie pontifi cale) et administrateur (« légat ») dans une partie des États pontifi caux. Il se brouillerait cependant deux fois avec ce pape, la première quand il se rallierait à Charles VIII, entrant à Rome avec lui, la seconde quand Alexandre VI annulerait le mariage de sa fi lle Lucrèce Borgia avec le cousin du cardinal, Giovanni Sfòrza. PARFAITE FIGURE DU PRINCE CARDINAL DE LA RENAISSANCE ITALIENNE, ASCANIO MARIA SFÒRZA (1455-1505) fut l'ami des arts et des lettres, un bibliophile averti, le protecteur de Serafi no Aquilano et de Josquin des Prés, mais également un administrateur civil et un diplomate. N'ayant reçu que les ordres mineurs, il mena une vie proche de celle d'un prince séculier. Le présent document fut en outre validé par trois notaires qui y apposèrent leurs seings manuels : deux notaires de la Chambre apostolique, Filippo da Pontecorvo et Stefano di Alessandro, ainsi qu'un secrétaire du doge, Marco Beaziano. Quatre témoins furent présents lors de la conclusion du traité, deux prélats liés aux Sfòrza et deux secrétaires pontifi caux : soit, d'un côté le Milanais Giovanni Antonio Sangiorgio, évêque d'Alexandrie, cardinal, professeur de droit canon à Pavie, auditeur de la Rote, et Bernardino Lonati, protonotaire et secrétaire apostolique, futur cardinal (il remplirait notamment une mission diplomatique en faveur de Charles VIII à la demande de Ludovic le More), et de l'autre côté Ludovico Podocataro, Chypriote lié à la dynastie des Lusignan, évêque de Capaccio et futur cardinal, ancien recteur de la Faculté de médecine de Bologne, humaniste, bibliophile et collectionneur d'antiquités, médecin d'Alexandre VI depuis une vingtaine d'années, et Bartolomeo Florido, évêque de Sutri et Nepi, futur archevêque de Cosenza (il fi nirait sa vie en prison pour falsifi cation d'actes). C'est ce dernier qui ferait la lecture publique du présent traité lors de sa proclamation le 25 avril 1493. « Pour la conservation et la tranquillité de toute l'Italie... » (« pro conservatione et tranquillitate totius Italie... ») « ... Cum... nullo unquam tempore magis concupiverint NEC ALIQUO MAJORI DESIDERIO IN PRESENTIARUM TENEANTUR QUAM PACIS ET QUIETIS UNIVERSALIS SED PRESERTIM ITALICE, pro cujus studio sedulo et aff ectuose elaborarunt, ac vires et ingenium continue adhibuerunt atque adhibent, nihilque ad rem tam salutarem magis conducere compertum habeant, quam mutuo federe commune hoc eorum studium et desiderium fi rmare et stabilire , eapropter... prefati... PRO communi et universali tranquillitate ut dictum est ac TUTELA, FIRMITATE ET CONSERVATIONE STATUUM PARTIUM PREDICTARUM, ad infrascriptam confederationem, unionem, colligationem, intelligentiam et ligam devenere... INEUNT ET CONTRAHENT BONAM, MERAM ET PURAM UNIONEM, CONFEDERATIONEM, INTELLIGENTIAM ET LIGAM, DURATURAM USQUE AD ANNOS VIGINTI QUINQUE et ultra usque ad illud totum tempus quod ipsis partibus placitum fuerit, ad mutuam conservationem statuum partium predictarum et cujuslibet earum in Italia existentium et contra omnes, quiqui illi fuerint, dominos et potentatus in Italia statum habentes qui de cetero non provocati et non lacessiti off enderent seu off endere queritarent sanctissimum dominum nostrum et illustrissimos dominos duces prefatos vel ipsorum aliquem seu eorum status adherentes, recommendatos, complices, sequaces, colligatos et subditos suos. Et hoc fi at et fi eri intelligatur pro conservatione et tranquillitate totius Italie... » Traduction : « Comme jamais en aucun temps ils n'eurent de plus grande aspiration, et que PRÉSENTEMENT ILS NE SONT PAS HABITÉS D'UN PLUS GRAND DÉSIR QUE CELUI DE LA PAIX ET DU REPOS UNIVERSELS MAIS SURTOUT DE L'ITALIE, à la recherche desquels ils oeuvrèrent avec zèle et application et ils employèrent et emploient leurs forces et leur talent, et comme ils tiennent pour assuré que rien ne contribue plus à une chose si salutaire que de rendre ferme et stable cette commune recherche et ce désir par un pacte mutuel , c'est pourquoi..., pour la tranquillité commune et universelle, comme il a été dit, et POUR LA PROTECTION, FERMETÉ ET CONSERVATION DES ÉTATS DES PARTIES susdites, les susnommés eurent recours à la confédération, union, alliance, entente et ligue écrite ci-dessous... ILS ENGAGENT ET CONTRACTENT UNE BONNE, PURE ET SIMPLE UNION, CONFÉDÉRATION, ENTENTE ET LIGUE, DESTINÉE À DURER VINGT-CINQ ANS et, au-delà, tout le temps qu'il aura plu aux parties elles-mêmes, pour le conservation mutuelle des États des parties susdites et de chacune de celles qui se manifesteraient en Italie, et contre tous les seigneurs et souverains ayant des États en Italie, quels qu'ils soient, qui, du reste sans avoir été provoqués ou excités par un autre, agresseraient ou chercheraient à agresser notre très saint seigneur et les illustres seigneurs ducs susnommés, soit l'un même d'entre eux soit les États qui leurs sont attachés, confi és, joints, affi dés, alliés et assujettis. Et que cela advienne, et que l'on comprenne que cela advienne pour la conservation et la tranquillité de toute l'Italie... » Les autres clauses principales de cette alliance sont les suivantes : les parties devraient pouvoir se porter assistance en tous lieux et à leurs frais respectifs, en entretenant en permanence, pour le pape, de 3 à 4000 cavaliers et de 2 à 3000 fantassins, pour Milan et Venise, chacun de 6 à 8000 cavaliers et de 4 à 5000 fantassins. – Les parties ne pourraient pas entrer dans une alliance avec une autre puissance italienne si ce n'est avec l'accord des autres et sans préjudice d'une des clauses de la présente ligue. – Tout autre prince italien pourrait entrer dans cette ligue à des conditions décentes. – Les parties auraient un mois à dater de la signature de la ligue pour faire connaître leurs alliés respectifs. – Les parties ne pourraient conclure de paix séparée en cas de guerre sans le consentement des autres (« ... si forte occurreret, quod Deus avertat, quod ad bellum devenietur », « si par aventure il arrivait, Dieu nous en préserve, qu'on en vienne à la guerre »). – Si une partie se retournait injustement contre une autre, les membres principaux restants de la ligue devraient porter assistance à la partie agressée. – Si une des parties était menacée, les autres parties devraient refuser le passage, le cantonnement et les vivres à l'agresseur. – Milan et Venise devraient chacun envoyer 200 hommes à leur solde dans les États pontifi caux, pour Venise sous les ordres du condottiere Pandolfo Malatesta, seigneur de Rimini (surnommé « Pandolfaccio »), pour Milan sous les ordres de Giovanni Sfòrza, seigneur de Pesaro, et du condottiere Gaspare da Sanseverino (surnommé « Fracassa »), le pape s'engageant pour sa part à prendre à sa charge le cantonnement. – Chaque violation des termes de la ligue serait sanctionnée d'une amende de 200000 ducats d'or. Enluminure de facture romaine Le travail manuscrit du présent acte émanant de la chancellerie pontifi cale, a été assuré par le notaire et scribe apostolique Filippo da Pontecorvo, comme il l'indique lui-même au bas de l'acte, ce qui autorise une attribution du travail d'enluminure à un atelier romain. Ce travail d'enluminure comprend : – UNE REPRÉSENTATION HÉRALDIQUE TRIPARTITE unie par un réseau de rubans (243 x 80 mm, peinture polychrome, dorée et argentée) : à gauche, les armoiries du DOGE AGOSTINO BARBARIGO surmontant celles de son ambassadeur ANDREA CAPELLO, au centre, les armoiries du pape ALEXANDRE VI (inscription du cartel en-dessous à moitié eff acée, probablement « [ALEX.] VI / [PONT.] MAX »), et à droite, les armoiries du DUC DE MILAN JEAN GALÉAS SFÒRZA. – GRANDE LETTRINE (145 x 23 mm, peinture noire, violette et or) fi ligranée de rinceaux végétaux avec 2 visages, l'un d'homme et l'autre de faune (portant l'ensemble à la taille de 82 x 214 mm, encre brune et plume avec rehauts de peinture jaune et violette). Tenir ses alliés italiens en lisière et parer à la menace française ÉQUILIBRE GÉOPOLITIQUE FRAGILE DE L'ITALIE INDÉPENDANTE. Dans la péninsule, au cours du xve siècle, s'était maintenu une sorte d'équilibre entre ses États les plus puissants, par un jeu d'alliances (comme la paix de Lodi en 1454) destiné à limiter les impérialismes de ces mêmes États et à faire face aux ambitions des États étrangers, principalement la France (sur Milan et Naples), l'Aragon (sur Naples) et les Turcs (sur plusieurs ports). Mais le jeu était complexe et plusieurs alliances se nouèrent par exemple avec ces derniers : Alexandre VI souhaitait rester en paix avec le sultan pour ne pas perdre le bénéfi ce de la pension annuelle qu'il recevait de lui en gardant le prince Djem en otage. À son avènement, Alexandre VI trouva les États pontifi caux dans une situation relativement précaire : des territoires avaient été perdus, un allié de Naples tenait des places au Nord de Rome, faisant peser une menace d'encerclement, Venise convoitait des terres sur les côtes italiennes de l'Adriatique, et le roi Charles VIII revendiquait depuis 1491 les droits de ses ancêtres Anjou sur la couronne de Naples, fi ef de la papauté, ce qui mettait celle-ci dans une situation critique où accepter comme refuser présentait des risques graves. LA DERNIÈRE TENTATIVE DE STATUS QUO À LA VEILLE DES « GUERRES D'ITALIE ». La Ligue de Saint-Marc fut conçue par le pape pour faire coup double, en se garantissant d'une manoeuvre intérieure aussi bien que d'une intervention extérieure. Cependant, elles ne vécut pas longtemps : Alexandre VI noua dès juillet 1493 une alliance avec Naples, donnant son plus jeune frère en mariage à la petite-fi lle du souverain Ferrante, et accorda en mars 1494 l'investiture du royaume au fi ls de ce dernier mort en janvier. Charles VIII interviendrait alors militairement, la calata (« invasion ») ouvrant la longue période que l'historiographie italienne ancienne désignerait sous le terme d'« années misérables » et où Français et Espagnols s'aff ronterait dans la péninsule. L'Italie y trouverait l'occasion d'affi rmer son identité face aux « barbares » mais y perdrait son indépendance pour trois siècles. Rodrigo Borgia, responsable et victime de sa légende noire Pape de 1492 à 1503, le Catalan Roderic Llaçol i de Borja (1431-1503), dont le nom fut italianisé en Rodrigo Borgia, mêla étroitement les actions d'éclat d'une grande politique souveraine et les infamies. S'il chercha à asseoir la sécurité des États pontifi caux, à soutenir les missions (il fi t aussi une tentative pour restaurer la spiritualité du clergé), à organiser le partage du Nouveau Monde (son traité de Tordesillas, 1494), à mener un fastueux mécénat, il se rendit aussi célèbre par sa vie privée scandaleuse et ses enfants illégitimes, sa vénalité (il pratiquait couramment la simonie), son népotisme, et son mépris de la parole donnée. Dans Le Prince, Machiavel dirait de lui qu'il « se fi t toute sa vie un jeu de tromper, et malgré son infi délité bien reconnue, il réussit dans tous ses artifi ces. Protestations, serments, rien ne lui coûtait , jamais prince ne viola aussi souvent sa parole et ne respecta moins ses engagements. Pourtant ses tromperies eurent toujours une heureuse issue , c'est qu'il connaissait parfaitement cette partie de l'art de gouverner ». En revanche, la légende noire de ce prince de la Renaissance en fi t un être satanique à l'excès : diff usée dès son temps par ses nombreux ennemis, elle nourrit ensuite la vision protestante de Rome comme nouvelle Babylone, et fut enfi n relancée à l'époque romantique par des écrivains qui l'étendirent à ses enfants Lucrèce et César.
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