Antoine Jean GROS (Paris 1771 - Meudon 1835)

Lot 150
500 000 - 700 000 €

Antoine Jean GROS (Paris 1771 - Meudon 1835)

«Portrait de la comtesse de Lasalle et de sa fille»
Sur sa toile d'origine
250 x 175 cm
Signé en bas à gauche Gror .
Accidents
Provenance:
Collection de la comtesse de Lasalle;
Collection de Hélène Yermoloff, marquise de Podenas, petite fille du général de Lasalle;
Collection de sa nièce Ghislaine Berthier de Lasalle qui épouse Jules Hollande;
Toujours resté dans la famille Hollande.
Expositions:
Salon de 1812, n° 448;
Salon de 1814, n° 479;
Gros. Ses amis. Ses élèves, Paris, Petit Palais, 1936, n°60
Bibliographie: «La Vérité au Salon de 1812, ou critique impartiale des tableaux et sculptures par une société d'artistes», Paris, 1812, cité p. 20;
R.J. Durdent, Galerie des peintres français du Salon de 1812, ou Coup-d'oeil critique sur leurs principaux tableaux et sur les différents ouvrages de sculpture, architecture et gravure, Paris, 1813, cité pp. 69 et 70;
J. B. Delestre, Gros, sa vie et ses ouvrages, Paris, 1867, p. 161;
J. Tripier-Lefranc, Histoire de la vie et de la mort du Baron Gros, Paris, 1880, p. 297;
G. A. Robinet de Clery, D'Essling à Wagram, Lasalle, Paris, 1891, p. 208;
G. Hubert, «Notes sur quelques sculptures du musée napoléonien de l'Ile d'Aix» in Hommage à Hubert Landais, Paris 1987, cité page 251.
La comtesse de Lasalle, vêtue d'une robe de velours noire et d'une toque de même étoffe ornée d'une blanche plume retombant sur son épaule, est entrainée par sa fille vers le jardin où se reposent trois jeunes garçons, mais son regard ne peut se détacher du buste en marbre de son illustre époux, le général Antoine Charles de Lasalle, mort à 34 ans au combat, trois ans plus tôt, au moment de la victoire de la bataille de Wagram.
Marguerite d'Aiguillon est née à Versailles en 1771. Son père est gendarme de la Maison du Roi et sa mère est femme de chambre d'une des filles de Louis XV, Madame Victoire de
France. Elle épouse en 1793 le général Victor Léopold Berthier. Ils divorcent en 1802 puis épouse en 1803 le général Antoine Charles Louis de Lasalle.
Son premier mari, le général Victor Léopold Berthier (Versailles 1770 - Paris 1807) est ingénieur, géographe militaire et très proche de Bonaparte. Il se fait remarquer par ses exploits au cours de plusieurs campagnes. En 1801, le général Bonaparte le charge de rassembler et de réorganiser l'armée d'Egypte puis il est envoyé en Hollande et en Prusse. Il contracte des fièvres lors de ses dernières campagnes et rentre à Paris.
Victor Léopold Berthier et son épouse font la rencontre de Gros à Gênes à la fin des années 1790. Madame Victor Léopold Berthier, notre modèle, accueille Gros dans son palais à
Gênes. Ils resteront toujours très proches et Gros réalisera l'ensemble des portraits de cette famille amie. En 1797 Gros peint le Portrait de Mme Victor Leopold Berthier en miniature avec ses deux premiers fils, Alméric et Oscar (cuivre rond, diamètre 8,6 cm conservé dans une collection particulière). Le général Antoine Charles Louis de Lasalle (Metz 1775 – Wagram 1809) est considéré comme un des meilleurs généraux de cavalerie de son temps.
Originaire d’une famille de petite noblesse lorraine, il s’engage dans l’armée royale à l’âge de onze ans.
Il participe ensuite à la campagne d’Italie.
Il est l’un des vainqueurs de la bataille de Rivoli. Lasalle suit Napoléon dans la plupart de ses guerres. Il prend le commandement d’un régiment de cavalerie durant la campagne d’Egypte.
Sa brigade est surnommée «la brigade infernale» durant la campagne de Prusse. Il se bat ensuite en Espagne.
Le général de Lasalle est tué dans les derniers moments de la bataille de Wagram durant la campagne d’Autriche. Ses restes sont ramenés aux Invalides en 1891.
Gros peint son portrait un an avant sa mort, en 1808. Il est aujourd’hui conservé au musée de l’Armée.
Dans notre tableau, son buste en Hermès est réalisé en terre cuite en 1810 par l’académicien François Nicolas Delaistre (conservé aujourd’hui aux musées de l’Île d’Aix) puis en marbre en 1812 et exposé la même année au Salon, aux côtés de notre tableau.
Dans le jardin, trois garçons se reposent. L’un joue de la flute, l’autre lit et un troisième les contemple.
Encadrés par la fenêtre, ils forment à eux seul un tableau dans le tableau. Leurs visages esquissés sont propres de la manière de Gros. Ces trois garçons sont les trois fils que la comtesse de Lasalle a de son premier mariage.
Alméric (né près de Parme en 1797 et mort en 1863), qui reçoit comme marraine Josephine de Beauharnais et de la descendance duquel appartient notre tableau ; Oscar (1798 – 1848) et Alexandre (1799-1845).
Ces deux derniers n’auront pas de descendance. Tous les trois sont adoptés par le général de Lasalle et prennent le nom de Berthier de Lasalle.
Avec son second mari, la comtesse a une fille en 1806, Joséphine Charlotte. Cette dernière, sur notre tableau, porte une robe blanche entourée de dentelles, laissant voir des épaules fraiches et rondes, d’une grande naïveté d’exécution.
Avec ses deux mains potelées et roses, l’enfant saisit le bras de sa mère et s’efforce d’attirer son attention. Cette grâce naïve contraste habilement avec la dignité de la veuve du général de Lasalle.
Joséphine Charlotte de Lasalle épousera le général Michel Yermoloff et Gros réalisera son portrait en 1833. Dans notre tableau, le style de Gros est entre David et Gérard.
La mise en scène entre intérieur et extérieur, le drapé rouge-velours et la percée vers l’esquisse d’un paysage n’est pas sans rappeler les oeuvres de van Dyck que Gros a vues à Gênes et les portraits anglais du XVIIIème siècle.
Tandis que la partie gauche avec l’épée sur la colonne de marbre rappelée par le montant du canapé à la tête de lion, est sobre et impériale, le paysage à droite apporte au tableau son côté romantique et passionné.
Le touché délicat des trois mains au centre du tableau, les yeux encore humides de la comtesse et le traitement de sa main pressant le blanc mouchoir montrent combien Gros se plait à peindre l’émotion. Sa matière fait vivre le tableau.
Elle est légère et fragile d’un côté et plus consistante dans le vêtement de la jeune fille et les yeux de sa mère. Gros ne cherche pas le brillant de son contemporain Gérard.
Ce qui ressort du tableau est l’image des relations intimes que Gros entretenaient avec la comtesse de Lasalle, depuis leur rencontre à Gênes où elle lui prêtait son salon comme atelier.
Notre tableau, dans lequel Gros exprime sa vive gratitude envers la bienveillance de son amie, «est une oeuvre capitale, où l’on voit que le pinceau du portraitiste a été tenu par un peintre d’histoire» .
Nous remercions Monsieur Gérard Auguier des informations contenues dans cette fiche. Il inclura notre tableau dans son catalogue raisonné en cours de rédaction.
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